CLXXXIII.

A Rouen, un soir de 1937, à la suite d’une représentation, un chef d’orchestre fut assassiné. Son meurtrier, vite arrêté, s’il n’avoua rien, mit fin à ses jours quelques jours après le crime. L’affaire fut classée. Sans être une énigme policière d’importance, l’affaire comportait une part de mystère propre à éveiller l’intérêt des amateurs.

Donc, au mois de novembre 37, le chef d’orchestre du théâtre-cirque de la place du Boulingrin fut assassiné. La représentation achevée, une partie de la troupe et quelques musiciens se retrouvèrent à la brasserie d’à-côté, s’apprêtant à fêter la fin d’une série de représentations à succès. On attendait, pour débuter la fête, le chef d’orchestre. Au bout d’un moment, le retard étant jugé anormal, le premier violon et l’alto rejoignirent les coulisses. Dans une loge réservée au corps de ballet, ils découvrirent le corps, lardé de plusieurs coups de couteau. Police-Secours fut aussitôt appelée.

Plusieurs témoignages et des indices découverts sur place ne laissèrent guère de doute. L’enquête s’orienta vite vers un proche, ami de la victime, un homme qui s’avéra être, de notoriété publique, l’amant de sa femme, cette dernière fille d’un notable local. Ce suspect fut arrêté le lendemain ou surlendemain. Cependant, à la suite d’un manquement aux règlements, on ne l’emmena non pas au commissariat central de la ville, mais il fut maintenu, contre toute logique, sur son lieu d’arrestation, au quatrième étage d’un immeuble, siège de son cabinet (médecin ? avocat ?) et de son appartement.

Là, profitant d’un relâchement de la surveillance, il ouvrit une fenêtre et se jeta dans le vide. Il mourut lors de son transfert à l’hôpital. A noter que tout au long de sa détention, il n’avoua quoi que ce soit, mais garda un silence obstiné.

Il est curieux que cette histoire ne figure pas dans la chronique locale et que ce meurtre, sans parler de ses protagonistes, soit aujourd’hui totalement oublié. L’affaire étant classée, elle n’eut aucune publicité et on cherche aujourd’hui, en vain, dans la presse locale un quelconque compte-rendu de ce fait-divers. Ni de l’arrestation, ni du suicide, ni de la disparition du chef d’orchestre dont on peu s’étonner qu’elle n’ait pas donné sujet à commentaires. Quant au prétendu suspect…

De quoi, déjà, voulais-je parler ? Ah oui, d’Hélène Claudine. Elle fut, longtemps, le chef d’orchestre attitré du Théâtre des Arts, lorsque celui-ci, après la guerre, logeait au théâtre-cirque. Ni bon ni mauvais chef du reste, mais chef par raccroc, dans le genre médiocre (au sens strict). Paul Ethuin lui succéda peu après la réouverture du Théâtre des Arts. Elle disparut alors de la scène locale. Jeune, la femme était jolie (elles le sont toutes). L’âge venant, elle voulut maintenir cet avantage. Ce défaut mérite l’indulgence. Par ailleurs, caractère impossible.

Inutile de préciser quels furent ses appuis locaux. Peut-on le dire ? Y a-t-il prescription ? Et si ça nous regarde, cela ne nous intéresse pas. Sa fin de carrière fut un naufrage. Un soir, au Théâtre des Arts, lorsqu’elle entra en scène, quelqu’un cria : A la retraite, Madame ! C’était cruel. Mais, de temps à autre, il faut l’être. Question de générations.

1 Réponse à “CLXXXIII.”


  • Ah, oui, moi qui suis très très très âgée, je peux vous dire, c’est dur ! Mais en revanche, j’ai la chance de me souvenir de cette histoire et de son mystère, comme si c’était hier… une belle consolation, quand même !

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