CLXXXII.

Clos Saint-Marc du dimanche. Comme les autres ou presque, sinon le temps maussade. Je croise D***, fidèle lectrice. Paraitrait que je suis l’auteur d’une belle erreur : à propos de cinéma, j’ai avancé qu’une salle disparue, le Studio 34, se trouvait rue des Carmes. Or, comme l’écrivent les journaux, c’est rue de la Tour de Beurre qu’il fallait lire. D*** en experte (elle est de la partie), m’indique que rue des Carmes c’était le France, autrefois Ciné France. Dont acte.

Comment ai-je oublié ? Ce Studio 34, je l’ai fréquenté. Peu, car guère cinéphile, je préfère le théâtre aux images glacées. L’ennui du théâtre contemporain, c’est qu’il a tendance à rejoindre l’écran mouvant. Forme et fond. Pour preuve les renouveaux du théâtre dit de boulevard et de la gaudriole genre Belle Époque. Le premier est devenu boulevard chic, le second élevé au grade de digne représentant du théâtre de l’absurde. Je pourrais en dire plus long. Est-ce ici le lieu ? Non.

Donc le Studio 34, ancêtre des Melville et Ariel. A l’époque on ne se battait pas pour sa survie (façon de parler, car en l’occurrence, plus que de se battre, on s’agite). Petite salle, rendez-vous d’initiés, presque une « danseuse » pour Clément Leroy, propriétaire ici de plusieurs écrans, lequel pensait, à juste titre, qu’il existait un public pour ce genre de films. De là à gagner de l’argent avec… il n’y fallait pas compter. Alors qu’aujourd’hui, n’est-ce pas…

Il y conviait (pas lui, son gendre) les fins Rouennais à découvrir des films inconnus, exaltants, ennuyeux. Russes, brésiliens, tchèques (on disait tchécoslovaques), polonais, italiens, danois, suédois… Des classiques aussi, d’hier ou de demain. En juin 62 (souvenir précis) j’y ai vu L’Année dernière à Marienbad. Personne n’a idée, de nos jours, du foin que ça faisait d’aller voir un film comme ça. Le voir, le défendre, l’aimer.

Clément Leroy ! Ce philistin fit fortune dans le grand écran. Bien lui en prit. De nos jours, lui qui ne reçut jamais un franc de subvention, entendrait d’une oreille ébahie nos débats. Il avait d’autres chats, en un temps où nos élus locaux trouvaient nécessaire de lui interdire la projection des Liaisons dangereuses. C’était en 1959, autant dire peu après le Déluge.

Mais bast, à l’époque on allait tous au ciné, au cinoche, au cinématographe. Dans ce temps là, celui des consternantes histoires du cinéma du samedi soir. Et aussi celui de L’Année dernière à Marienbad. Bref, au temps où on aimait le cinéma. Aujourd’hui c’est différent, la vie est si brève : on n’aime plus le cinéma, on aime ses références. On va voir quoi ? On ne sait pas. On va au Melville (plus pour longtemps) avec Télérama sous le bras. Voir quoi ? On ne sait pas. Ou plutôt si, pour avoir vu.

J’ai tort de faire le malin. Après tout, pourquoi allais-je voir Marienbad, plutôt que La vache et le prisonnier ? (en fait, soyons honnêtes, j’ai vu les deux). Oui, pourquoi ? Ah, là, oui, je pourrais en dire plus long. Est-ce ici le lieu ? Non.

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