CLXXXI.

Passant rue Damiette, je cherche à revoir Le Bijou Bar. Je le savais mort et enterré, mais à ce point là… Impossible de retrouver l’endroit. Y ai-je passé des longues soirées pourtant ! Un bar de nuit. Un bar à filles. Un rad’. Pas autre chose. Comme dit la chanson Que reste-t-il de nos amours… Ce qui reste des rues de ce quartier, de ces temps-là, les années Cinquante, lorsque je fréquentais rues et places. Du Lieutenant-Aubert, du Père-Adam, Martainville, d’Amiens, Malpalu, impasses et couloirs, arrière-cours accueillantes… La Pipe (devenu Le Tabarin, devenu La Walsheim, des hôtels dont celui de la mère Tapdur ou le Studio-Hôtel. D’autres bars : l’Argentan, le Raymond, Aux Amis des dominos, La Pomme… l’empire de l’alcool dur, de la nuit s’achève, et de la passe à mille francs.

Comme dit Carabine parlant de ce temps là : Qu’est qu’on a pu rigoler… Vrai. Et dire que de vieux choparts me serinaient : Ça c’est rien mon gars t’aurais connu avant guerre ! Rue des Charrettes, des Cordeliers, de la Savonnerie, Les Princes, Chez Simone, le Jack’s Bar… Rien de ce qu’ils avaient vraiment connu. Moi je les trouvais incroyables. Sens propre et sens figuré.

Si j’en avais le temps, l’humeur, l’aplomb, je fréquenterai la jeunesse. Celle qui me dirait où ça se passe, aujourd’hui, maintenant. Me risquer dans le bruit, la fumée, la sueur. Mais à y réfléchir, peine perdue. N’ayant plus le goût, j’ai oublié l’aptitude. Et que dire de l’imagination !

Force est de se rabattre sur les faits divers. Ainsi, tant que la police en a l’entrain, le reflet dans la presse locale de ces affaires de racolage actif où l’on nous entretient de Roumanie, de Kenya, de fesses à l’air, de Caudebec lès Elbeuf, de Boisguillaume, de Citroën, de Renault, de transaction, de préservatif, etc. Récits plus techniques que romantiques, un brin répétitifs, mais le genre le requiert.

Aujourd’hui plus de rue Damiette ou des Charrettes, mais le boulevard des Belges ou de la Marne. Et flagrant délit (lui aussi requis) opéré dans des rues aussi obscures que tranquilles, souvent perpendiculaires. Rue du Contrat-social (notez que c’en est un…) ou plus loin, tenez, l’autre jour, rue Amiral-Cécile. Pour qui connaît le quartier, pas de quoi partir hisser les voiles…

Il y a peu, on lisait dans Paris-Normandie (rubrique judiciaire) le récit du tabassage d’un travesti péruvien par un marin pêcheur dieppois. Suçage mal négocié, tromperie sur la marchandise, vol de portable… nébuleuse affaire. Le journal nous apprends cependant que ledit péruvien se prostitue trois fois par semaine et qu’une fellation se négocie à partir de 30 euros. Ça, c’est de l’info.

Travesti péruvien et marin pêcheur dieppois ! Pour qui aurait un brin de talent, avouez que… Encore faut-il en avoir le temps, le talent, ou tout bêtement le cœur à ça. Constatons que les temps ne sont plus au romanesque. Pas pour une question de décor, d’atmosphère, ou d’expérience. Non, ce qui manque, c’est l’imagination. Ou encore la croyance. Le réel, c’est comme la fiction : ça se travaille.

2 Réponses à “CLXXXI.”


  • `Amiral « Cecille » : avec deux « l » !!! (je défends comme je peux l’un de mes prénoms)

    NB “Qu’est-ce qu’on a pu rigoler…”
    Eh bien je fais une hypothèse. Derrière ces rires (l’alcool aide bien à çà, faut dire), il y avait peut-être un peu (beaucoup ?)parfois de solitude inavouée, voire de cafard-déprime pour ceux qui payaient comme ceux qui étaient payés – lesquels n’avaient pas toujours vraiment le choix de leur vie, d’ailleurs.

    Il y a le soir et la nuit, certes.
    Mais il y a aussi les petits matins. Certains sont plutôt glauques.

  • la rue Amiral Cecille, ma rue de quand j’étais petite ! Une grande maison qui a été « frappée d’alignement », il y avait plein de drapeaux américains dans le grenier, je ne sais pas pourquoi.

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