CLXXIX.

Mon humeur m’amène à consulter le catalogue des bibliothèques de Rouen. J’y cherche Répertoire des délicatesses du français contemporain de Renaud Camus, et Paris dans la Collaboration de Cécile Desprairies, tous deux parus l’année passée. Qui en douterait : inconnus. Histoire d’en avoir le cœur net, je fais un passage à la bibliothèque Villon. Toujours aussi sinistre et durablement installée dans le provisoire, voici le désert. Je réitère ma demande. Même réponse qu’avec mon ordinateur. Voilà qui indique une évidente détermination.

Mais indique surtout qu’à haut niveau moins en fait mieux on se porte. Ce n’est pas (peut-être pas) que ces bouquins soient le fin du fin (en tant que lecteur, c’est à moi d’en juger) mais leur acquisition par les bibliothèques de ma ville semble être un minimum requis. Cette dernière phrase, trop longue, est à la mesure de ma résignation.

Qu’une municipalité s’en contente me navre. Car enfin, nos élus ne sont pas avares de satisfecit à propos de tout et de rien (je vous en épargne la trop facile liste). Vrai que l’achat de livres ça ne se voit guère. Pour communiquer en grand, c’est mince. Sans doute, au cabinet du maire, réserve-t-on ses forces pour alimenter la future bibliothèque Simone de Beauvoir. Y trouvera-t-on Tout compte fait ? Probable.

Pas grave ou plutôt tant mieux. Au final je me passerai de Cécile Desprairies et de Renaud Camus. Vrai aussi que si je suis tenté par ces lectures, j’ai les moyens de me les offrir. C’est ce que doivent penser nos dits élus : les bons livres à ceux qui les méritent. La lecture populaire, c’est pour les autres. La culture (sens large) doit claquer, briller, pas autre chose. La mesure, la discrétion, la réserve, ça ne rapporte pas. Au sens strict : ça ne vaut rien.

Autre chose (encore que). Sortant de Villon, le hasard m’amène à emprunter (à défaut de mes deux livres) la rue Beffroy. Il y avait là, autrefois, un restaurant du même nom. Dans les années Soixante-dix, j’y ai parfois (souvent) dîné. Excellente table, dans le genre ancien, pas compassée, un peu routinière, tout ce qu’il me faut (me fallait). En revanche, pas un restau pour les pauvres qui le sont trop. Mais dans cet ordre, il y aurait beaucoup à dire.

Le Beffroy n’est plus. Fermé depuis pas mal de temps, c’est devenu une maison particulière. Rien que de normal à en juger par la dégringolade de ce quartier autrefois vivant. De fait, la rue est sinistre, sans clarté ou lumière, sans boutique ou devanture. Rien pour attirer le flâneur. Rue que l’on traverse, ni plus ni moins. Donc passons.

Restaurant devenu maison particulière, l’immeuble a (avait) un aspect médiéval bien trempé. Histoire de coller au label Ville d’art et d’histoire mais dans une note contemporaine, on s’est empressé de transformer le rez-de-chaussée. Désormais, à la place d’une porte sculptée et d’une fenêtre à petits carreaux, nous avons une porte de garage en PVC. Elle est blanche, mais j’en jurerai, on va la peindre. Moi je verrai bien l’orangé, symbole d’enthousiasme et d’ambition.

Adresse à la Municipalité : laissez tomber mes deux livres.

1 Réponse à “CLXXIX.”


  • Mais c’est quoi « Tout compte fait » ? Vous me le conseillez ? Merci d’avance…

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