CLXXV.

Beaucoup de vieux rouennais se souviennent, rue du Gros-Horloge, de l’handicapé en petite voiture roulante, vendeur de billets de tombola au profit des anciens déportés. Je crois que sa photo figure dans une Histoire de Rouen par la photographie, titre d’un auteur qui a mieux commencé qu’il finit (enfin, je dis ça, question de point de vue).

Quand au vendeur de billets de tombola, le plus remarquable vient de sa permanence. Sa présence, sa volonté, sa détermination. Un vrai cartésien celui-là. D’autres aussi, du reste. Par les temps qui courent, on note que nombre d’hommes (ou de femmes) politiques passent d’un parti à un autre avec autant de désinvolture que de facilité. On appelle ça des transfuges.

Le premier cri est celui de les vouer aux gémonies. En politique, comme en amitié (en amour ?) l’opinion veut (voudrait) que l’on soit fidèle. Paraît-il. Voudrait qu’on ne fasse pas carrière. En amour ou en religion. Mon ami Pierre S*** fut catholique, puis athée, puis protestant, calviniste, ensuite luthérien. Il est aujourd’hui shintoïste. L’honnêteté m’oblige à dire qu’il fut aussi militant aux Amitiés franco-roumaines. Dans les années Soixante-dix, les connaisseurs apprécieront.

Girouette, trompeur, déloyal ? Non. Lui se place du côté de la vérité du moment. Ne brûle pas ce qu’il a adoré. Il explique et s’explique. Au final, il est toujours, comme l’autre, à vendre des billets de tombola. Achetez et gagnez (peut-être). Il ne trompe personne.

La politique est-elle un métier ? A force ça l’est devenu. Si donc, autant qu’il soit exercé par des gens qui s’y collent. Quelle sincérité pour le tailleur ou le cordonnier ? Pourvu que mon pantalon tombe bien ou que ma chaussure ne prenne plus l’eau… Là où ces raisons pêchent, c’est que devant (ou derrière), il y a l’idéologie et les gros mots. Voire de la morale. Mais quoi, en politique une colonne vertébrale s’acquiert vite. Il suffit de ne jamais dévier de trois ou quatre idées fortes et ne pas se bercer d’illusions. C’est ce que je nomme les gros mots. Les bons sentiments. Le style valeurs de la République, etc.

Quand à se bercer d’illusions, ceux-là sont les pires. Ils y croient. S’en persuadent. S’en revendiquent. Ils disent qu’ils ne transigeront pas. Et qu’on verra ce qu’on verra. Bref, la proie pour l’ombre. Il faut toujours être plus modeste que ça. Enfin, ultime chose : ne pas vouloir être sympathique. Ne pas vouloir être celui que veulent les autres, celui de ceux qui vous voient comme ils voudraient être, eux : intègre, honnête, généreux. Là encore, c’est se payer de mots.

Un animal politique dort mal. Il se ronge parce qu’il a peur. Il pleure quand il est seul (vrai qu’il y est peu). Il faut qu’il ait peur, non de déplaire, mais d’en faire trop. Être sa propre marionnette. Cela s’observe trop. Ici ou ailleurs.

Mais passée la nuit, l’aurore éclaircit les idées. Toujours. Après, ça va tout seul. Il suffit d’être là. Présent, volontaire, déterminé. Comme autrefois le vendeur de la rue du Gros-Horloge.

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