CLXX.

Souvenir d’enfance, la traversée du passage de la Cour des comptes à l’arrière de l’immeuble des Anciennes Mutuelles. L’odeur d’urine qui flottait là, tenace, aussi ancienne que fraîche, sans cesse renouvelée. Avant la dernière guerre, celle de 39-45, quand on pouvait aller de la rue du Gros Horloge à la rue Saint-Romain, enfilade de passages, de Saint-Herbland en coude, puis celui à l’odeur de pisse, un moment bref, contraint, mais véridique.

On aura constaté que l’arche du futur défunt Palais des Congrès s’est inscrite dans cette tradition de miction sauvage. S’il faut croire à la permanence des choses et des êtres, aux cycles, alors il faut s’attendre à ce que le futur projet renouvelle à bail ce droit aussi masculin qu’immémorial. Tant mieux, le quartier s’en trouvera rassuré. La pérennité, il n’y a que ça de vrai.

Souvenir d’enfance, il y avait par-là un photographe, une sorte de modiste, une boutique de livres de messe… Aussi de curieuses vitrines pour un bijoutier. L’éclairage était à l’économie et à l’étrangeté. Sur tout un côté du passage, des palissades disjointes masquaient ce qui restait de l’ancien hôtel Romé. Paradis des chats pour ce qu’on y abandonnait de détritus. Un monde.

Nous sommes à trois pas de la cathédrale, allons-y. Noël oblige, il faut sacrifier à la traditionnelle frénésie. Nos souvenirs d’enfance nous aident à supporter les jours. Moins les souvenirs de vieillesse. A cet égard, que restera-t-il dans les jeunes esprits d’aujourd’hui des Rouen Givrée, marché de Noël, manèges dorés… et autres farineuses initiatives municipales ou commerciales ? De quoi continuer, sans doute.

Rouen chronicle est une entreprise sans cesse guettée par le risque de répétition ou de redite. D’années en années, même constat, même déploration, même amertume. Pour se consoler, on se raisonne : « cette année, on a atteint le fond ». Erreur, dans ce domaine, les ressources de la niaiserie sont infinies. Il n’aura échappé à personne que Rouen Givrée devenant une institution, il va falloir s’habituer à la surenchère. Attendons l’an prochain.

Édition 2009, l’affaire se drape dans le social et l’écologique. Pour le premier, on nous certifie, par voie de presse, qu’ont été « mis à l’écart » les marchands venus vendre des produits fabriqués en Chine. Et pour ce « retour aux sources » (lesquelles ?), on revendique un tiers de commerçants normands (ou rouennais), un tiers de québécois et un tiers de « nationaux ». Par les temps qui courent, ceci est admirable.

En second lieu, les illuminations sont conçues pour être économes en électricité. Nul électoralisme là-dedans, n’est-ce pas, juste l’air du temps. Ça coûte si peu qu’on a mis, place de l’Hôtel de Ville, là où est la patinoire, une jupette lumineuse au cheval de Napoléon. Rien ne nous sera épargné.

Côté écologie et électricité, j’ai entendu à la radio qu’un défenseur de la planète préconisait, lorsqu’on va pisser la nuit, d’utiliser une lampe de poche plutôt qu’allumer la lumière. L’auteur de ces lignes, lui, pisse dans le noir depuis toujours. La chose révolte Carabine, aide ménagère de son état. On la comprend. Mais rien n’y fait. L’habitude est trop ancienne. C’est mon coté Passage de la Cour des comptes.

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