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Archive mensuelle de décembre 2009

CLXXVI.

On s’occupe trop de politique. Par les temps qui courent, on ferait mieux de penser à autre chose. Par exemple, à recenser ce qui reste de bons pâtissiers en ville. Vrai, où trouver un bon pithiviers ? Ou un pithiviers tout court. Et des millefeuilles qui vaillent ? Des conversations aussi ? Pfuit… De ces dernières, il y en existait autrefois d’excellentes, rue Thiers, dans cette pâtisserie à l’enseigne de L’Impératrice, presque en face du Musée.

C’est à présent un cabinet d’assurance ou chose approchante. Ce fut jadis un joli salon de thé, avec une pâtisserie raffinée, un service à l’ancienne, dans de la vaisselle qui avait vécu (c’était là son charme). Ajoutons-y, pour finir, une clientèle méritant toutes les épithètes ci-dessus.

Oui, que sont devenus pâtisseries et pâtissiers disparus et tant aimés ? Aujourd’hui, n’importe quoi, ce ne sont plus des gâteaux, ce sont des fruits figés sur de la génoise. Du glaçage, du saupoudrage, du tape à l’œil. Quatre euros la buchette de Noël et roulez jeunesse ! Notez qu’il en est de même pour les partis politiques et leurs militants. A qui s’en remettre pour un goût certain, une idée claire, une étiquette incontestable ? Dans ma jeunesse, un éclair au chocolat c’était un éclair au chocolat, et un militant du PCF un militant du PCF.

Aujourd’hui, ça va ça vient. On détaille, on chipote, on choisit. On est à Gauche, pas tout à fait, un peu quand même. Toujours la restriction. Idem pour la Droite où on flirte, on allume, on marivaude. C’est pratique dans un sens, on est toujours du bon côté. On ne se trompe pas, on ne trompe personne. Bref, jamais en défaut, car on l’avait bien dit. Ai-je le temps de me demander ce que mon neveu fait avec Bayrou, qu’il est déjà MoDem d’opposition, passé bientôt chez les Verts, et que je le vois lorgner du côté du Front de Gauche où finalement

C’est à donner le tournis et friser l’indigestion de crème anglaise. Quel garçon formidable : aucun préjugé. Sur ce point ma génération diffère de la sienne. Dieu sait si j’ai haï untel ou untelle parce qu’ils étaient stalinien, gaulliste, Algérie française, Occident… et tutti quanti. Jérôme lui, parle avec tout le monde, passe sans complexe de la pâtisserie fine à celle de Carrefour (vrai que parfois…). Il ne se formalise de rien.

D’autant que stalinien, gaulliste, Algérie française, Occident… untel et untelle ne l’étaient pas. Ou peu. Mais j’avais besoin d’y croire. Et continuer. Il n’empêche, à suivre mon neveu dans son supermarché, ne finira-t-il pas, comme moi, Gros Jean comme devant ? Ces étiquettes avec mentions, promotions, réductions, ces prix marqués qui n’en sont pas, c’est encore de l’habillage. Le contenant pour le contenu. En somme, de la communication. Si je lui en parle et argumente, Jérôme acquiesce. Pas idéologue pour deux sous. Juste efficace. Pragmatique comme on dit.

Aurait-il raison et moi tort ? Ah, que ne suis-je resté A l’Impératrice où la petite vendeuse savait faire de si jolis paquets avec une ficelle rouge !

CLXXV.

Beaucoup de vieux rouennais se souviennent, rue du Gros-Horloge, de l’handicapé en petite voiture roulante, vendeur de billets de tombola au profit des anciens déportés. Je crois que sa photo figure dans une Histoire de Rouen par la photographie, titre d’un auteur qui a mieux commencé qu’il finit (enfin, je dis ça, question de point de vue).

Quand au vendeur de billets de tombola, le plus remarquable vient de sa permanence. Sa présence, sa volonté, sa détermination. Un vrai cartésien celui-là. D’autres aussi, du reste. Par les temps qui courent, on note que nombre d’hommes (ou de femmes) politiques passent d’un parti à un autre avec autant de désinvolture que de facilité. On appelle ça des transfuges.

Le premier cri est celui de les vouer aux gémonies. En politique, comme en amitié (en amour ?) l’opinion veut (voudrait) que l’on soit fidèle. Paraît-il. Voudrait qu’on ne fasse pas carrière. En amour ou en religion. Mon ami Pierre S*** fut catholique, puis athée, puis protestant, calviniste, ensuite luthérien. Il est aujourd’hui shintoïste. L’honnêteté m’oblige à dire qu’il fut aussi militant aux Amitiés franco-roumaines. Dans les années Soixante-dix, les connaisseurs apprécieront.

Girouette, trompeur, déloyal ? Non. Lui se place du côté de la vérité du moment. Ne brûle pas ce qu’il a adoré. Il explique et s’explique. Au final, il est toujours, comme l’autre, à vendre des billets de tombola. Achetez et gagnez (peut-être). Il ne trompe personne.

La politique est-elle un métier ? A force ça l’est devenu. Si donc, autant qu’il soit exercé par des gens qui s’y collent. Quelle sincérité pour le tailleur ou le cordonnier ? Pourvu que mon pantalon tombe bien ou que ma chaussure ne prenne plus l’eau… Là où ces raisons pêchent, c’est que devant (ou derrière), il y a l’idéologie et les gros mots. Voire de la morale. Mais quoi, en politique une colonne vertébrale s’acquiert vite. Il suffit de ne jamais dévier de trois ou quatre idées fortes et ne pas se bercer d’illusions. C’est ce que je nomme les gros mots. Les bons sentiments. Le style valeurs de la République, etc.

Quand à se bercer d’illusions, ceux-là sont les pires. Ils y croient. S’en persuadent. S’en revendiquent. Ils disent qu’ils ne transigeront pas. Et qu’on verra ce qu’on verra. Bref, la proie pour l’ombre. Il faut toujours être plus modeste que ça. Enfin, ultime chose : ne pas vouloir être sympathique. Ne pas vouloir être celui que veulent les autres, celui de ceux qui vous voient comme ils voudraient être, eux : intègre, honnête, généreux. Là encore, c’est se payer de mots.

Un animal politique dort mal. Il se ronge parce qu’il a peur. Il pleure quand il est seul (vrai qu’il y est peu). Il faut qu’il ait peur, non de déplaire, mais d’en faire trop. Être sa propre marionnette. Cela s’observe trop. Ici ou ailleurs.

Mais passée la nuit, l’aurore éclaircit les idées. Toujours. Après, ça va tout seul. Il suffit d’être là. Présent, volontaire, déterminé. Comme autrefois le vendeur de la rue du Gros-Horloge.

CLXXIV.

Écoutant d’une seule oreille un débat radiophonique et politique, j’entends : A partir de quand avez-vous choisi entre la gauche et la droite ? Résumé car la formulation n’était peut-être pas celle-ci. Aucun souvenir de ce qu’a répondu l’interviewé. Cette question, ça fait cinquante ans que je me la pose. Il serait temps, me direz-vous. Presque chaque jour. Me levant de droite, me couchant de gauche (ou l’inverse). En fait, il n’y a qu’à midi que je suis moi-même. Au moment des repas ? Après avoir forcé sur le juliénas ? Possible.

Tout ça pour dire qu’on a des difficultés à s’y retrouver. Avec moi ou avec les autres. Est-ce grave ? Pas sûr. Comme dit la chanson : Faut vivre… J’ai voté à gauche (rose ou rouge) tant que dura le gaullisme. Ai-je voté Michel Rocard, Pierre Juquin, Jean-Pierre Chevènement, François Mitterrand… Probable. J’ai voté à gauche (rose ou rouge) tant que régna, ici, Jean Lecanuet. Ai-je voté Victor Blot, Docteur Hélaine, Yvon Robert… Itou. (Le Chœur des jeunes : Qui sont tous ces gens-là ?) Puis Laurent Fabius, Alain Le Vern…. tant d’autres, j’en oublie.

Depuis les dernières présidentielles je suis moins paresseux. A cause (grâce ?) à mon neveu Jérôme qui m’a fait rallier le panache du béarnais Bayrou. Une fois, deux fois, trois, j’ai voté François d’Orange (Chœur des jeunes : Pas grave…) Voici le temps venu des Régionales. Jérôme, ludion, est passé à je ne sais trop quoi de Vert et d’Européen. Admettons sa nouvelle couleur.

Reste la question des alliances. Ça, c’est la chose devant laquelle le vieux cheval se cabre. Depuis toujours. Certes, c’est indispensable. Mais c’est trop pour moi. La stratégie s’efface devant la querelle de personnes. Moi, allié avec lui (ou eux) ? Jamais ! Jérôme Neveu a l’échine plus souple. C’est une rare qualité. Il milite pour un large rassemblement, seule possibilité de battre la Droite dit-il. Sans doute, mais est-ce un programme ?

Ce drapeau vert, rose, orange (au final) ne me dit qu’à moitié. Je n’y vois que des fanions remis en poche dès la victoire obtenue. Et puis, aux Régionales, faut-il battre la Droite ? Il s’agirait plutôt de battre une Gauche trop… comment dire ? Enfin, bref. La Ve, à laquelle les gens tiennent (paraît-il) veut que l’horizon soit occupé par les seules présidentielles. En dehors, ce ne sont que réajustements.

Pas besoin de boule de cristal pour supposer une défaite de la Gauche en Haute-Normandie. Certes, elle passera mais il lui faudra composer, entre les deux tours, avec des gens qui lui insupportent. D’une part, du côté de son extrême gauche (les chiffres risquent d’être surprenants), et aussi du côté de ces faux-alliés que sont les Verts. Du moins qui le deviendront, seule manière pour eux d’exister. Les socialistes auront à rassembler et ils sont peu crédibles dans l’exercice.

Bon, mais comme dit Félix le chat, mon locataire de la cour : le choix politique va toujours du préférable au détestable. M’étonnerait qu’il ait trouvé ça tout seul.

CLXXIII.

Ce cher Fanal de Rouen nous a informés que deux de nos élus municipaux seraient présents au sommet de Copenhague. Puis qu’ils étaient présents au sommet de Copenhague. Puis qu’ils revenaient du sommet de Copenhague. Et qu’enfin nous serions intéressés par ce qu’ils en tirent. Comme dit l’horoscope, tendance Bélier : Problèmes de communication ? Vous manquez franchement d’aisance et vous vous laissez beaucoup trop impressionner.

En ai-je quelque chose à faire de savoir ce qu’ils pensent du réchauffement, des ours blancs et de la déforestation ! Comme si je ne le savais pas. Et mieux qu’eux. Radio, télé, journaux, en long, en large ou en travers, devant derrière, à pied, à cheval et en voiture, expert et contre-expert… c’est toujours la même salade qu’on chante aux petits garçons.

Ainsi de notre chère maire qui, ce 14 décembre, partage ses impressions (qu’est-ce que ça veut dire ?) avec Le Fanal et ses lecteurs. Elle y va d’attendus convenus, de banalités lues et entendues partout (même ici, c’est dire !), d’assertions inutiles et vaseuses mais qui ont l’air d’avoir l’air. L’interview (en est-ce un ? en est-ce une ?) se conclut par ce bilan mal résigné de l’élue : les décisions politiques ne seront à l’évidence pas à la hauteur des exigences scientifiques, et l’objectif sera plutôt 2030 que 2020. Dites donc, encore vingt ans ! Vingt ans de 24 heures Motonautiques et vingt ans de sottises genre Rouen givrée ! Je n’y résisterai pas.

Vrai aussi que notre maire laisse tomber l’ultime sentence de ce Climate Change Conference. : après, on peut toujours voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Une phrase pareille, espérons qu’elle s’en souviendra lors de prochaines campagnes électorales (ça ne tardera guère). Comme dit l’horoscope, tendance Sagittaire : Pratiquez la politique d’ouverture. Recherchez le dialogue et l’échange de vue.

Pour dire le vrai, moi ce qui m’intéresse, ce qui m’aurait intéressé, c’est de savoir si Valérie Fourneyron et Guillaume Grima avaient bien voyagé et comment. S’ils avaient eu le loisir de faire un tour dans le parc de Rosenborg désert, s’ils avaient vu la petite sirène. De savoir où ils mangeaient et quoi, où ils ont dormi, et s’il y avait de la marmelade d’orange au petit-déjeuner. Guillaume avait-il pensé à prendre son cache-nez, Valérie ses boots fourrés ?

Ont-ils rapporté les échantillons de savons de l’hôtel ? Quelle était la meilleure chambre, de Guillaume ou de Valérie ? Bref, ont-ils eu froid, chaud, faim. Comment se sont-ils débrouillés avec le danois (la langue, pas le chien). Comment pratiquent-ils le globish, dans le métro, dans le bus, au restaurant, à l’hôtel… Ont-ils ramené leur badge, leur porte-documents, leur stylo, leur bloc papier, des autographes, des photos-souvenirs, voire des souvenirs tout court… chacun chacune estampillés Climate Change Conference, et au final, se sont-ils bien barbés à écouter ces spécialistes, politiques et manifestants, tous autant convaincus que désemparés ?

Oui, voilà ce qui m’aurait intéressé. Mais comme dit l’horoscope, tendance Cancer : Vous tournez au ralenti et vous avez l’impression d’être inutile. Bougez-vous !

CLXXII.

Pour divers déplacements (ou déplacements d’hiver) j’utilise bus ou métro. Rien à en dire sinon à déplorer (ô combien) les chaotiques retards (ligne 7 en particulier), laisser-aller des stations, des abris-bus, et aussi du manque d’information générale dans laquelle on laisse « l’usager » (en fait l’usagé). De leur part, quel détachement ; de la mienne, quelle lassitude. Rien à en dire ? C’est déjà pas mal.

La vulgate dans l’air est de prendre les transports collectifs. Certes, mais ces transports sont aussi communs. Autrement dit ordinaires. Faits surtout pour le vulgaire, le tout courant, les moindres, en chiffres comptables, les vieux et les jeunes. Le reste, n’a que faire dans le bus. A la rigueur, à vélo, en chic Cy’clic, ou mieux encore, à vélo électrique (dame, 1700 euros la bête, ça classe). Le Métro, tant qu’à faire, c’est bien à partir de la gare, débarquant du train, parce que mardi j’étais sur Paris. Comme dit la voix : Terminus Georges Braque, commune de Grand-Quevilly… Vous m’avez regardé ? A d’autres.

Une fois par mois, je prends le métro pour le terminus Technopole (dit de manière suave et inimitable : commune de Saint-Étienne-du-Rouvray…) Ça fait un trajet de quasi trois quarts d’heure. Presque un voyage en car. Arrivé là-bas, une visite aux cousins chinois (j’ai déjà raconté ça quelque part). En ces semaines d’hiver, le retour est moins gai que l’été. Pourquoi le métro la nuit est-il triste ? Et pourquoi est-ce le contraire pour le bus. Joyeux la nuit, lugubre le jour. Enfin, une impression.

Je me souviens que dans ma jeunesse, des receveuses vendaient et oblitéraient les tickets dans les tramways. Aussi dans les bus. C’étaient de fortes femmes, tout en buste, sanglée dans un uniforme marine, parfois un calot sur la tête, d’un âge avancé, souvent à poitrine opulente (j’étais jeune alors, de quoi me souviendrais-je d’autre ?) Il y avait aussi cette curieuse mécanique à oblitérer les tickets. Elles maniaient ça avec autant de dextérité que de brutalité, traits principaux de leur caractère. Avancez dans le fond ! Y a d’la place !

Il fut une période où je prenais le 2, à partir de la place de l’Hôtel de Ville, pour descendre rue Thiers, à l’arrêt Porte aux Rats. J’avais alors vingt ou trente ans. Aujourd’hui, malgré mon âge et ma canne, je fais ce trajet à pied. Bizarre. Peut-être parce qu’il n’y a plus de receveuses ? J’aime emprunter la rue Thiers (il n’y en a pas d’autre) dans la partie allant de la rue Jeanne d’Arc à la place Cauchoise. Ce désert, ce calme, cette plénitude. Sur cette portion, c’est comme une ville de garnison. A peine de bagnoles, de rares passants, encore moins de boutiques. Ici, personne ne se soucie. La tranquillité d’une province disparue

A mi-chemin, la rue Porte aux Rats. Qui aujourd’hui y demeure ? Personne. En tant cas, plus celle que j’allais y voir. Ou plutôt si, y habitent des gens simples, cachés. Des anciens. De ceux n’aimant pas faire parler d’eux. Dont acte.

CLXXI.

Ma mère me parlait souvent de sa grand-mère, servante norvégienne, échouée au Havre au versant d’un autre siècle, années 1875 ou 80. Sa route d’exil et ses visions d’Eldorado (« Je lève ma lampe à la porte d’or ») passèrent par la rue de la Crique et s’achevèrent, pour ce que j’en sais et ce qu’en disait ma mère, à Sainte-Adresse, rue Marie-Talbot, près du fort, chez le docteur S***. Elle y fit le ménage.

Rana Myran naquit à Lindegaard, de Jakob et de Marja Rotaasen. Sur le tard, force est de me demander : qu’ai-je de norvégien dans mes gènes ? De la sympathie, un préjugé d’emblée favorable… Des vagues de nostalgie aussi, n’ayant jamais mis les pieds dans ce pays. Et, à mon âge, ce n’est pas aujourd’hui, …

Donc on imaginera que Rana Myran partant de Lindegaard (où est-ce ?) laissant fjords glacés et pêcheurs d’Islande pour rallier Amérique naissante et horizons lointains. Seule, en famille, accompagnée ? Quels bagages pour quelle traversée ? Et pourquoi Le Havre ? Et quoi avant ? Mystère des parcours d’exils.

Donc à Sainte-Adresse, chez le docteur, Rana fit le ménage, mais bientôt ouvrit la porte aux patients le jour de marché ; puis apprit à faire des pansements, des piqûres, tenir les fiches à jour. Comment rencontra-t-elle Alfred La Chesnais, commis à l’agence de la Banque de France ? Et comment, après mariage, le couple s’installa-t-il en Algérie, à Mostaganem pour être précis, le mari y dirigeant l’agence de la banque de France. Autant de questions aux réponses perdues.

Trois enfants naquirent : Louis, Marie, Gustave, lequel mourût jeune. La fille épousa un fermier-colon du Maroc (autre histoire à raconter), et Louis, venu à Paris faire son Droit, y rencontra Clémentine L’Eau de Vaulx. Le couple se maria en 1903, d’où la naissance de ma mère, en décembre 1906, à Louveciennes, dans une maison proche de celle où habita, un temps, Tourgueniev.

Pendant ce temps, La Chesnais poursuivit sa carrière de directeur d’agences : Marseille, Bordeaux, et pour finir Versailles. Rana regretta-t-elle du soleil du Maghreb ? Ou les étés de Lindegaard ? Ses dernières années se passèrent jouer les grands-mères comblées et assister aux offices du temple protestant. Restée luthérienne, religion de son enfance, elle s’accommodait mal, parait-il, des frivolités locales et du désintérêt de sa descendance pour ces questions. Je possède encore une bible incompréhensible, à fermoir d’argent, reliure patinée de cuir sombre, feuillets cuits et recuits.

Ça et d’autres épaves : une boite à thé en fer, un éventail, une série de cartes postales, une épingle à chapeau. Pas de photo, pas de portrait. Rana Myran, de Lindegaard, disparaît sous les noms de lieux, de personnes. Elles est comme une collection, une nomenclature, un mode d’emploi.

Autrefois, à Rouen, au moment de Noël, on installait place de la cathédrale, un immense sapin, d’hauteur vertigineuse (pour moi, enfant) mais pour les autres aussi). On le disait, chaque année, offert à la Municipalité, par la Norvège. Ma mère m’emmenait l’admirer. « Il vient du pays de grand-mère » me murmurait-elle. Aujourd’hui, en ce moment, ce n’est rien que de dire…

CLXX.

Souvenir d’enfance, la traversée du passage de la Cour des comptes à l’arrière de l’immeuble des Anciennes Mutuelles. L’odeur d’urine qui flottait là, tenace, aussi ancienne que fraîche, sans cesse renouvelée. Avant la dernière guerre, celle de 39-45, quand on pouvait aller de la rue du Gros Horloge à la rue Saint-Romain, enfilade de passages, de Saint-Herbland en coude, puis celui à l’odeur de pisse, un moment bref, contraint, mais véridique.

On aura constaté que l’arche du futur défunt Palais des Congrès s’est inscrite dans cette tradition de miction sauvage. S’il faut croire à la permanence des choses et des êtres, aux cycles, alors il faut s’attendre à ce que le futur projet renouvelle à bail ce droit aussi masculin qu’immémorial. Tant mieux, le quartier s’en trouvera rassuré. La pérennité, il n’y a que ça de vrai.

Souvenir d’enfance, il y avait par-là un photographe, une sorte de modiste, une boutique de livres de messe… Aussi de curieuses vitrines pour un bijoutier. L’éclairage était à l’économie et à l’étrangeté. Sur tout un côté du passage, des palissades disjointes masquaient ce qui restait de l’ancien hôtel Romé. Paradis des chats pour ce qu’on y abandonnait de détritus. Un monde.

Nous sommes à trois pas de la cathédrale, allons-y. Noël oblige, il faut sacrifier à la traditionnelle frénésie. Nos souvenirs d’enfance nous aident à supporter les jours. Moins les souvenirs de vieillesse. A cet égard, que restera-t-il dans les jeunes esprits d’aujourd’hui des Rouen Givrée, marché de Noël, manèges dorés… et autres farineuses initiatives municipales ou commerciales ? De quoi continuer, sans doute.

Rouen chronicle est une entreprise sans cesse guettée par le risque de répétition ou de redite. D’années en années, même constat, même déploration, même amertume. Pour se consoler, on se raisonne : « cette année, on a atteint le fond ». Erreur, dans ce domaine, les ressources de la niaiserie sont infinies. Il n’aura échappé à personne que Rouen Givrée devenant une institution, il va falloir s’habituer à la surenchère. Attendons l’an prochain.

Édition 2009, l’affaire se drape dans le social et l’écologique. Pour le premier, on nous certifie, par voie de presse, qu’ont été « mis à l’écart » les marchands venus vendre des produits fabriqués en Chine. Et pour ce « retour aux sources » (lesquelles ?), on revendique un tiers de commerçants normands (ou rouennais), un tiers de québécois et un tiers de « nationaux ». Par les temps qui courent, ceci est admirable.

En second lieu, les illuminations sont conçues pour être économes en électricité. Nul électoralisme là-dedans, n’est-ce pas, juste l’air du temps. Ça coûte si peu qu’on a mis, place de l’Hôtel de Ville, là où est la patinoire, une jupette lumineuse au cheval de Napoléon. Rien ne nous sera épargné.

Côté écologie et électricité, j’ai entendu à la radio qu’un défenseur de la planète préconisait, lorsqu’on va pisser la nuit, d’utiliser une lampe de poche plutôt qu’allumer la lumière. L’auteur de ces lignes, lui, pisse dans le noir depuis toujours. La chose révolte Carabine, aide ménagère de son état. On la comprend. Mais rien n’y fait. L’habitude est trop ancienne. C’est mon coté Passage de la Cour des comptes.




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