CLXIX.

Dans le Journal de Rouen daté du 26 novembre dernier, grand entretien avec Alain Gasperini. Une photo le montre, barbe trop longue, courbé sur sa canne. Plus âgé que moi, mais pas tant, je le trouve un brin décati. Quel âge a-t-il ? Quatre-vingts, d’après l’article. J’ai idée de faire moins vieux. « C’est parce que tu te tiens droit » me dit Jérôme.

L’homme fut l’architecte de la municipalité du temps de Jean Lecanuet. Autant dire qu’il lui sera beaucoup pardonné. Y a-t-il un paradis pour les architectes ? Pas sûr. En revanche, il y a un enfer : la mémoire de ceux qui restent avec ça sur les bras. Amusant de voir aujourd’hui le bonhomme juger et trancher de tout avec un aplomb remarquable. A preuve, Alain Gasperini se dit « fier » du Champ-de-Mars, et de la place de la Pucelle.

Il se fait photographier devant l’esplanade de l’Espace du Palais et explique que l’ensemble a été fait de manière à « ne pas masquer le Palais de Justice ». Comme dit Jérôme : « A mourir de rire » (incise : l’Espace à lui seul mériterait la chronique ; s’y atteler.)

Surtout l’entretien a une fonction subliminale : dresser un portrait d’un Lecanuet bâtisseur modéré, à l’écoute des Rouennais, soucieux d’une ville pour laquelle il a tant œuvré. On nous ressert au passage le « roi Jean », qui n’est qu’une invention de journaleux ; s’il y eut un surnom ici, ce fut celui, fort populaire, de « Jeannot ». Rien d’autre.

Plus loin, il faut lire l’anecdote d’une prétendue « cheminée » de trente mètres, projet que Louis Arretche voulait installer au Vieux-Marché. Jean Lecanuet, présenté comme habile, demanda « aux pompiers » d’offrir un aperçu de la chose à l’aide de la grande échelle et « de toiles ». Chose dite, chose faite, et le maire d’interroger les commerçants, notamment un « patron du bureau de tabac ». Réponse : « Vous n’allez pas nous laisser ça ! » Lecanuet, goguenard, de se tourner vers Arretche : « Vous voyez… »

L’anecdote, fabriquée, a fait l’objet d’un rectificatif de la part d’Alain Gaspérini deux jours après, tant il a du étourdir le journaliste de ses virevoltants souvenirs. La cheminée, sans Arretche, devient candélabre et prend place devant la cathédrale. Admettons, mais je ne jurerais pas de la véracité de l’anecdote. Concernant le Vieux-Marché dudit Louis Arretche, il est dommage qu’on ne puisse rétablir certaines vérités… Passons.

Car, hélas ou tant mieux, j’ai bien connu ce monde, personnages et constructions. Lecanuet bâtisseur fut d’abord Lecanuet démolisseur. Prétendre qu’il prenait l’avis de l’opinion, cela date de 2009. En 1974, on fonçait, que ça plaise ou non. De toute façon, ça plaisait. Surtout le populo s’en fichait. Si seuls trois ou quatre bourgeois renâclaient, Lecanuet savait les raisonner. Sans peine. Croit-on que s’il en avait été autrement on aurait construit les Fronts de Seine, les Jardins de l’Hôtel de Ville, l’abominable îlot de la rue d’Amiens, l’Espace du Palais, le Champs de Mars, le parking des Emmurées, etc.

Jérôme me rétorque : « Et la future Villa Yvon, c’est Lecanuet peut-être ? » Je ne dis plus rien.

0 Réponses à “CLXIX.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......