CLXVII.

Une récente chronique a dit le mal que je pensais d’une exposition présentée au Musée des Beaux-arts. A la suite, je croise G*** qui déplore mon écrit sous un angle singulier : « Pourquoi diable, as-tu employé le mot cartel ! En la circonstance, il est impropre. » G*** est professeur de lettres, du genre à l’ancienne. Et de m’expliquer qu’un cartel n’est pas ce morceau de carton servant à identifier auteur et intitulé du tableau. Non, ça, c’est un cartouche. Un cartel c’est autre chose. Le tout, expliqué rue des Carmes, devant la vitrine de la chocolaterie Héloin qui, plus que tout, retenait notre attention.

Rentré chez moi, mon dictionnaire (il en faut) n’a pu que me faire constater le bien-fondé de la remarque. Le cartel était autrefois un écrit par lequel on défiait un adversaire pour un duel, d’où la formule « envoyer un cartel à quelqu’un ». C’est également une entente entre entreprises ou partis politiques (ça ne s’emploie plus) ; enfin, c’est un motif décoratif ornant le cadran de certaines pendules, sinon la pendule elle-même, d’où : un cartel Louis XV.

Le cartouche (masculin, sans rapport avec celle du fusil) est, entre autres acceptions, un « cadre contenant les indications et références nécessaires à la lecture d’une carte, d’un plan » et par extension, d’une œuvre d’art. Dont acte. Où ai-je été prendre mes cartels ? Dans l’exposition elle-même me semble-t-il. Mais vrai que le mot est couramment employé dans les musées. D’ici ou d’ailleurs. Alors quoi ? Alors rien. Que nos lecteurs nous écrivent… Etc.

Revenons à la chocolaterie Héloin. Ce doit être l’un, sinon le magasin le plus ancien de cette portion de quartier. Les enseignes ici tourbillonnent. A peine le temps d’en mémoriser une qu’elle est déjà remplacée par une nouvelle, du même genre, mais qui fera vite oublier la précédente. En attendant, n’est-ce pas, une suivante.

Que reste-t-il de la charcuterie Batrel (autrefois Ono-dit-Biot), des Vêtements Jacky, de la Pharmacie de la Crosse, de A la Maternité (chaussures), de La Corseterie Moderne, des Meubles des Croisiers, de La Maison de la Blouse, du Léopard des neiges, de l’Hôtel de France, de Grenier-Natkin (photographe), du Drugstore, de Mistigri, des biscottes Clément, Novelty, Graïc (bijoutier), Rosébleu… et tant que je cite de mémoire.

Sans oublier un cinéma, le Ciné-France où l’on entrait en passant par une petite galerie marchande. Dans celle-ci on n’aurait garde d’oublier le Petit Théâtre (tenu par la famille Robertys), un coiffeur (Maxime), aussi un marchand de chaussures à l’enseigne (ça ne s’invente pas) de Au Pied Mignon… et d’autres où il faudrait s’attarder.

Géographie antique, archéologie, ces boutiques mériteraient chacune son cartouche, c’est le cas de le dire. Oui, des « indications et références nécessaires » à la mémoire, au souvenir, à la sauvegarde. Au Pied Mignon, aujourd’hui qui oserait ? Donc oui, dans cette mémoire de ruines, seule la chocolaterie Héloin perdure. Unique de son genre, sans autre séduction que ce qu’elle est. Telle qu’en elle-même. Comme dit G*** : dans la vérité du chocolat.

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