CLXVI.

Sinon l’hygiène de promenades régulières, le temps se passe en lectures, rêveries, écritures, radio, télévision, furetage sur Internet. Je ne « sors » plus. Entendez : je ne vais plus me montrer. Les invitations s’accumulent : musée des beaux-arts, conseil général, mairie, agglo, région, musées divers, académie, port, chambre de commerce… que sais-je encore ! A chaque, ce ne sont que préséances, discours, congratulations… le tout achevé par ce rite redoutable : les « verres de l’amitié ». A ce titre, outre l’habituelle bataille pour accéder au buffet, l’opération se résume à confronter les talents des différents prestataires.

Cela amuse un temps. A la fois les inaugurations et les petits fours. On se lasse vite d’être du bon côté de la barrière, sans jamais être du mauvais, au reste. L’humilité n’est pas un genre facile. Surtout face au sucré-salé.

Bon, là n’est pas la question. L’amas des invitations m’incite à n’en plus faire usage. C’est l’habituel : moins on sort, moins on a envie de sortir. Aucune vertu là-dedans. Donc la lecture, celle des vieilleries de ma bibliothèque ; de mon « cher » (c’est de l’humour) Paris-Normandie et de diverses revues dont les exemplaires me parviennent de manière chaotique. Mon facteur (qui est une factrice) me livre mes exemplaires mensuels ou trimestriels avec un tel détachement que je suis partagé sur le fait de croire ce qu’elle m’en dit : sabotage en haut lieu du service public. Mais dans son clair regard, je lis une feinte. Son ton dénote le manque de conviction, voire la duplicité. M’offrir L’Intermédiaire et avoir un piercing dans la narine serait-ce incompatible ? Mystère du féminin.

Mais là n’est toujours pas la question. Lors d’une de mes dernières sorties, à l’occasion d’un anniversaire de mariage, j’ai revu N*** dont les parents tenaient, jadis, une boutique d’ornements liturgiques. La boutique en question était rue des Carmes, à hauteur de la rue St-Nicolas, là où aujourd’hui s’étalent autant de marchands de chaussures que de fringues les moins pérennes. Gens au fait du renouveau d’un catholicisme à l’aube de Vatican II, ils œuvraient dans le liturgique contemporain (ils seraient bien déçus aujourd’hui).

Sur mes évocations de ce grand espace à l’allure de galerie d’art, N*** me rappelait que ses parents commandaient chez Lalique, Hartmann et Becker des modèles originaux. Aux murs, des reproductions de Georges Rouault renforçaient le ton muséal et austère de l’endroit. Ce genre de boutique n’existe plus. Il faut dire que de la « clientèle » et des fournisseurs…

A l’occasion de cet anniversaire, il m’est arrivé une curieuse chose : entrant dans la salle, la présence de N*** m’est tout suite apparue. Je me suis fait la réflexion que, malgré les années, elle ne changeait en rien, ni d’allure, ni de physionomie. Il ne fallut qu’un instant pour m’apercevoir que je la confondais avec sa mère. L’ennui c’est que ce genre de mésaventure m’arrive de plus en plus. Confondre ainsi les gens, les choses, les années. Prendre les uns pour les autres. Mon neveu Jérôme : « A se demander si tu n’en joues pas… »

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