CLXIV.

On nous propose, au Musée des Beaux-arts une exposition instructive. Intitulée Leur entrée dans l’art, elle promeut la carrière d’un duo se définissant comme « artiste de nuit ». Ces deux quinqua n’ont d’autre idée de se faire enfermer dans les musée, d’y dormir et, à leur réveil, d’activer leur « processus créateur » dans un quelconque projet. Ils exercent un peu partout (Lyon, Tourcoing, Philadelphie, Carnac…) véritables commis-voyageurs de leur statut d’artistes. Le plus drôle, c’est qu’ils en paraissent eux-mêmes éberlués.

Ici, d’un projet, nous en avons deux. D’une part un film, celui de leur aventure nocturne ; puis une exposition (ou installation) de leurs œuvres dans diverses salles du musée. Le film, images pisseuses et son grésillant, est bâclé, sans rythme, mal construit, mal fichu, en un mot, sinistre. Qui plus est, interminable. Son mérite est d’être à moitié chanté et porté à bout de bras par les employés du Musée qu’on a enrôlé comme faire-valoir de nos pathétiques duettistes. C’est le meilleur. Laurent Salomé et surtout Émilie Dionisi devraient faire plus souvent les acteurs. Ça nous rassurerait sur leurs errements à cautionner de pareilles niaiseries. Auraient-ils manqué leur vocation ?

L’accrochage est de la même veine. Divers tableaux du Musée ayant été prêtés, on a laissé l’emplacement vide. Cet emplacement, nos illustres ont eu l’idée, non de le combler, mais d’en doubler les cartels par d’autres de leur cru. S’ensuit un vasouillage humoristique qui se voudrait décalé, vaguement incongru ou insolite, et qui n’est que paresseux. Ce qui aurait pu être un parcours, un rébus, une histoire nous menant quelque part, n’est que suite inutile, accumulation sans objet, contrat rempli. Chacun se tord le cou à lire leurs petits papiers industrieux. Ils ressemblent à leurs auteurs.

On le sait, l’art contemporain n’est pas tant du savoir-faire que du faire savoir. Au soir de l’inauguration, m’a-t-on dit, Laurence Tison, adjointe à la culture, s’est surpassée. On a frisé la soutenance de thèse sur la place de l’Art au Musée, le Rôle du Regard, la Société face à l’Artiste… et autres variations virevoltantes sur ces majuscules. Il paraît que notre élue est enceinte. Ceci explique-t-il cela ? Pour l’avoir aperçue il y a peu, vrai qu’elle est rayonnante. Ce n’est surement pas la fonction ; c’est donc l’organe.

A dauber sur cette exposition, on me classera comme bourgeois rouennais, type défini depuis Gustave Flaubert. Le Rouennais qui ne comprend rien, qui en resté aux vieilles croutes de l’impressionnisme (celles que nous verrons ici en juin ?), bref l’indécrottable béotien. Trop facile, les amis. Le vrai flaubertiste d’aujourd’hui, c’est celui qui gobe Leur entrée dans l’art. Pourquoi ? Parce que c’est de la spéculation, de la rhétorique, de l’institutionnel. Monsieur Homais new-look la boucle parce que ça se passe au Musée, parce qu’on peut gloser dessus et parce « qu’on ne sait jamais ».

Que Laurent Salomé continue d’avaler ses marshmallows, c’est là qu’il est le meilleur. Qu’Émilie Dionisi ne lâche pas sa gymnastique, elle y excelle. Qu’enfin Laurence Tison accouche… mais, dernière vœu, de son enfant, qu’elle n’en fasse jamais un plasticien.

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