CLXII.

On m’assure qu’il faudrait (qu’il faut, temps précis) que je sorte. Ceci, paraît-il, histoire de me changer les idées. L’invitation opportune à un anniversaire de mariage m’entraine à dire oui. Me voici dans un lieu improbable, renommé et prisé, jeté au milieu d’un tas de gens et des monceaux de victuailles. Là se mélangent élus, entrepreneurs, universitaires, commerçants, médecins, avocats… tous attentifs à l’approvisionnement d’un somptueux buffet (Cirette se répétait-on).

J’ai horreur de faire queue, jouer des coudes, manger debout. Avantage de mon âge (que j’exagère) j’ai la permission de rester assis et d’attendre. De jolies jeunes filles s’empressent pour me ravitailler, souvent escorter de jeunes garçons, chacun et chacune dans le genre « bien élevé ». Ça s’arrête là.

Mes réparties les amènent à s’installer et parler en toute liberté. Rien de neuf. Les uns n’ont pas grand-chose en tête, les unes la « ramènent », les troisièmes s’appliquent à être silencieux. Ça boit et fume. Trop pour leur âge… mais au leur où en étais-je ? Du lot, émerge plus de souvenirs que de nostalgie.

Surtout un d’eux, la vingtaine avancée, se disant comédien « à Paris ». Il apprend avec ferveur le rôle du bouffon de Comme il vous plaira. Je « l’assoie » par le nombre de mises en scène que j’en ai vu. Ainsi d’une représentation, au Théâtre de la Cité internationale, début des années Soixante, où Vanessa Redgrave jouait Rosalinde. Le croire ou pas : ce nom ne lui dit rien. Sur le moment, impossible de retrouver un film où elle apparaît et que mon Pierre De Touche aurait vu.

N’importe, autant d’enthousiasme excuse autant d’ignorance. Puisse l’une être le ferment de l’autre. Mes elfes s’évanouissent, remplacés par des connaissances chenues. Ce sont les grands-parents des précédents. A peine de différence, exception pour le souvenir de Vanessa Redgrave, ici moins ignorée.

Bientôt, une très vieille dame (je n’exagère pas) rejoint la table. N’est-ce pas Julia Roquentin ? Théâtre encore ! Le personnage : épouse de commerçant, éprise de culture et d’écriture, elle s’inventa journaliste et fut, de longtemps, critique occasionnelle à Liberté-Dimanche, Tout-Rouen, aux Petites Affiches et autres publications bienveillantes envers sa prose. Critique avouable du reste, l’exercice n’étant alors guère difficile (à supposer qu’aujourd’hui…)

Ce soir, à la lueur des bougies, fort maquillée, elle parle beaucoup. Trop. Le Moët et Chandon aidant, elle débite balivernes sur balivernes. Aujiurd’hui, ce n’est plus le journalisme qui la meut, mais l’immobilier. Elle détaille de lucratives opérations, anciens couvents à vendre rue de Joyeuse, rue d’Écosse, le collège Bellefonds, l’institution Rey. Etc. On semble là brasser des millions ou à peu près.

En moi, un malaise s’installait. Qui était cette dame ? Décidément il ne faut plus que je sorte : on m’assura vite que ce n’était pas Julia Roquentin mais quelqu’un de connu sur la place pour ses relations et ses connaissances. Bref une femme à carnet d’adresses, comme il en eut de tous temps. Aucun intérêt à mes yeux désormais.

Il n’empêche, permanence des types et des genres, rien ne change. C’est à peine si ça se renouvelle. Après ça, que conclure ?

1 Réponse à “CLXII.”


  • La Baraque-rue du Nord-qui appartenait au Diocèse de Rouen a été vendue à la Mairie de Rouen récemment.Les Bâtiments dont vous parlez appartiennent-ils à une communauté religieuse ou également à l’Archevéché?Il s’agit dans ce cas d’une politique générale de vente.Sait-on quels sont les biens de l’Eglise dans notre ville?
    Sncérement

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