CLVI.

Inauguré en mai 1976, fermé en 1996, le Palais des Congrès (dit aussi La Citadelle endormie) appartenait, on le sait, aux Anciennes Mutuelles. Devenu groupe Axa en 1985, lassé de payer les factures, celui-ci vendit l’immeuble à diverses sociétés, vite absorbées par le Crédit Lyonnais. Lorsque celui-ci fit la chute qu’on sait, le Tombeau de Pharaon échut à encore d’autres cartels, trusts, holdings, consortiums, etc. tant que les dictionnaires de synonymes en fournissent. Ce fut l’ère du Mistigri, ainsi nommée en référence au fameux jeu de cartes. Puis vint le temps de la Maison hantée… celui de l’abandon, du silence, de l’oubli. Fin du premier chapitre.

A Rouen, nuit après nuit, tout en ville s’éteignait. Un étranger passant devant la Mairie remarquait qu’une fenêtre restait éclairée. « Qu’est-ce là ? » demandait-il à l’allumeur de réverbère. « Oh ça, mon bon monsieur, c’est notre maire Yvon Robert qui travaille. » Alors, saisis d’émotion, l’étranger et le vieil artisan communiaient dans un même respect. Fin du deuxième chapitre.

Donc un soir de novembre 1999, une ombre se glissa sous le péristyle de la mairie et toqua au carreau. L’huissier de garde, réveillé, conduisit le visiteur dans le grand bureau aux boiseries. D’un geste bref, le magistrat accueillit l’étranger et l’invita à s’asseoir. A sa lourde table de chêne, il achevait la lecture d’un épais dossier. Au dessus de la cheminée où flambait un feu, le grand Corneille jetait un regard bienveillant sur les deux hommes.

« Quelle est votre réponse ? » interrogea le Hollandais visiteur (oui, il était hollandais). « J’accepte » répondit l’élu. Et d’un geste, jeta deux écus sur la table. Le visiteur s’en saisit, parut hésiter, puis se levant : « Vous faites une affaire » dit-il. Les ténèbres semblèrent l’engloutir et tel un spectre il disparut. Le maire réprima un frisson. Sonnant l’huissier, il lui ordonna d’ajouter une buche au foyer. Fin du troisième chapitre.

C’est ainsi, ce soir-là, que la Ville devint propriétaire du Palais des Congrès. Et qu’ainsi débuta le quatrième chapitre du roman fantastique : Du Château gris, que faire ?

Les élus se réunirent. Chacun donna son avis. L’opposition fut même écoutée. Tous et toutes en étaient d’accord : il fallait redonner le bâtiment aux Rouennais, en faire un local à l’usage de tous. Ici on se réunirait, on ferait des spectacles, des répétitions, des expositions… chacun aurait droit à un espace, en un temps donné, avec l’aide pratique des services municipaux. Un règlement intérieur fut mis en place et un comité de gestion organisé.

D’emblée, il avait été prévu qu’on y ferait un minimum de travaux et que seul l’indispensable serait évoqué. Le comité reçut une aide financière à charge pour lui de faire avec, et seulement avec, au mieux des attentes. Les idées ne manquaient pas. Les moyens de les mettre en œuvre non plus. Alliée à cette rigueur, la simplicité fut de mise. Et chacun s’en accommoda…

… quatre heures sonnèrent au Gros-Horloge. Le maire s’éveilla en sursaut. « Qu’as-tu, mon cœur ? » interrogea sa digne compagne. « Fichu rêve ! » s’exclama-t-il. Et il se rendormit.

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