CLV.

Nom d’un poisson, le Palais vit ses dernières semaines. On le détruit à la satisfaction générale et nous serons peu à le regretter. Et peu à voir dans sa disparition un gâchis redevable, d’abord aux propriétaires, ensuite aux municipaux. Je l’ai déjà dit, j’y reviens : on a manqué ici d’audace, de réflexion, de ténacité. Tout bâtiment, quel qu’il soit, produit du mouvement et de la réflexion. La liste est longue de ce qu’on aurait pu y faire en matière de culture, de simple divertissement ou de « lien social ».

On a préféré la résignation. Et l’oubli. Au final, l’insignifiant. On dit (mais que ne raconte-t-on pas !) qu’avec ses appointements, l’architecte signataire s’est offert une paire de ciseaux. Pour quoi faire ?

Ayant été présent (vers 2004) à la première présentation en mairie, je me prends à regretter l’esquisse d’alors, celle du galandage sur fond de trame métallique. Malgré l’esbroufe, il y avait une ou deux idées méritant l’estime. Elles ne plurent guère aux Monuments Historiques. Non plus à l’opinion rouennaise, à qui on demandait son avis. L’habitude s’en prit… D’où les ciseaux.

Dire que l’on reproche aux politiques de n’avoir ni culture, ni courage. Idée d’intellectuel, si ce n’est d’artiste ! L’homme politique (a fortiori la femme) se doit de cacher ces évidentes qualités. Cela n’apporte que des déboires lors des élections. Aux prochaines, nos municipes actuels, promoteurs du futur immeuble, seront réélus. Ils le méritent.

Autre chose. En mars 1988, eut lieu la soirée de clôture du 1er Festival du Film Nordique. Ce fut là, au dernier étage du futur défunt, à un jet de champagne du portail de la cathédrale, que furent conviés les festivaliers ou plutôt les membres du Tout Rouen rassurés d’en être (comme j’en étais, j’aurai mauvaise grâce à trouver à redire). Cocktail dînatoire, tables juponnées aux couleurs scandinaves, dames de vestiaire débordées, ascenseurs saturés par l’attente.

Pourquoi pas l’escalier de secours ? Par petits groupes, quatre étages de béton brut, éclairés des seules loupiotes d’issues de secours. En haut, des cerbères réclamaient leurs cartons aux seuls passagers des ascenseurs. Le coupe-file des escalateurs fut bientôt connu et imité : de trois cents, nous fûmes bientôt cinq cents.

Comment distinguer un agent d’assurances (bailleur de fonds du festival) d’un aigrefin, un conseiller municipal d’un pique-assiette, un Norvégien d’un Suédois, un invité d’un non invité ? Et comme le traiteur (Guéret, à l’époque, off course) pouvait fournir à la demande, Rouen poli resta Rouen gentil. C’est là que j’ai mangé du renne, de la baleine, du phoque, le tout arrosé d’un alcool blanc un brin trop sec et qui ne ressemblait à rien de connu.

Ce dernier étage était le fleuron du bâtiment. Ça n’était pas tant pour sa décoration, dans la norme de l’époque, mais pour la vue sur la cathédrale. S’il il y eut quelque chose de manqué dans le futur défunt Palais, ce fut l’intérieur : bois sombre, moquette à losanges, caissons lumineux, plantes vertes et miroirs partout. Ça ne mit pas cinq ans à vieillir.

A y réfléchir, toute cette histoire n’est pas une question de forme, mais de fond. Presque de philosophie de l’existence (ou d’architecture). Y revenir, si j’en ai le temps.

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