CLIV.

Il y a, en bas de chez moi, dans la cour, un chat sans maître. Paraît-il, abandonné. Je ne prends pas d’animaux, mais je lui donne à manger. Je l’ai surnommé Félix (qu’on ne me demande pas pourquoi). De temps à autre, nous bavardons. Dans son genre, il est stoïque. Plus que moi. Il paraît que les chats vivent neuf vies. Le mien en est à la cinquième. Il m’assure que ce qui nous arrive s’est déjà produit. Toujours la répétition, le ressassement. L’éternel retour, dit-il. Admettons. Il n’empêche…

Ce dont tout le monde parle et dont il ne faudrait pas : l’Espace Monet-Cathédrale. Disons tout de suite qu’il n’y a désormais plus d’espace, plus de Monet, plus de Cathédrale. Pour ce que l’on en a vu par voie de presse, cela se résume à un immeuble banal. Inutile d’en dire quoi que ce soit, il n’y a rien à en dire. Ça n’est même pas laid, c’est navrant. Ou lamentable (au sens strict). Sinistre, en fait. Tout ça pour ça ? Oui.

La municipalité, soutenue par ses électeurs, donne là la mesure de ses audaces et de sa détermination. Le renoncement lui est devenu sa façon de décider, voire de gérer. Notez que c’est rassurant. Comme ça, on sait à quoi s’en tenir. Enfin, on retrouve nos aises. On est de nouveau en famille, entre nous, entre Rouennais. L’air d’autrefois est presque revenu. Le jour de l’inauguration du futur immeuble, il faudra guetter la silhouette de Jean Lecanuet. Parmi les officiels, autour des géraniums, nous serons nombreux à vouloir le féliciter pour sa bonne mine et sa pugnacité légendaire.

Oui, oui, lui dira-t-on, on l’a échappé belle. Ces deux dernières décennies, ça et là, la ville glissait sur une mauvaise pente. D’aucun voulait construire, aménager, bouleverser, bref faire de l’esbroufe. On ne pourra que louer notre fantôme d’avoir mis le holà. Car à n’en pas douter, c’est à lui qu’on doit l’inspiration de cette quatrième mouture. Comme il existe un style Louis-Philippe, il existe un style Jean-Lecanuet. Et c’est celui de Rouen. Impérativement. Définitivement. Qu’on en juge : les Fronts de Seine, les Jardins de l’Hôtel de ville, le Champ de Mars, l’Espace du Palais… et maintenant la Villa Yvon (oui, c’est le nom du nouveau projet). Dans tout ça, rien que du solide, du durable et du cher.

Lors des dernières élections municipales, on s’est empressé d’élire les gens de Gauche et d’éliminer ceux de Droite. Avouez qu’on a bien fait. Imaginez ce que serait devenue « Rouen notre ville » sous le règne contraire. Quel désastre ! Bientôt, de qui, de quoi, on n’aurait rien reconnu. Tout se serait mélangé dans notre esprit (comme se mélangent les bulletins dans les urnes). Croyant soutenir les uns, on aurait contenté les autres. Un jour, chat blanc ; un autre, chat noir ; et la nuit, chat gris… Ceci serait devenu cela. Et l’inverse aurait été vrai. Comment s’y retrouver ?

Alors que maintenant tout est clair. Limpide même. On sait où on est : place de la Cathédrale.

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