CLIII.

Particularité locale, celle du quasi monopole de l’information. Depuis la dernière grande guerre, un titre seul est censé nous dire le temps qu’il fait à Rouen. Qui se souvient de Rouen-Normandie-Nouvelles (dit RoNoNo) qui, un temps, années Soixante-dix, fit figure de concurrent à Paris-Normandie ?

Toujours amusant d’entendre « des gens » dauber sur le quotidien omniprésent (qu’ils ne lisent pas) et l’affubler d’opinions contraires aux leurs. Au vrai, s’il est une vérité, notre régional est toujours du côté du manche. Pour quand il faut être pour ; contre quand il faut l’être. C’est d’ailleurs pour ça qu’on est journaliste : savoir s’il va pleuvoir ou pas.

Ne disons rien de Liberté-Dimanche, devenu appendice naturel de P.-N., ce qu’il fut toujours, quoique un peu moins autrefois. Sa ligne éditoriale était celle de l’anodin et du cirage de pompes. Pas certain d’un changement. Qui se souvient de Tout-Rouen, aimable publication qui s’intéressait aux arts et spectacles ? Elle manquait, manqua et manque toujours.

Qui se souvient de l’hebdomadaire La Tribune, publication « de gauche » venue abattre Paris-Normandie lorsque celui-ci fut racheté par Robert Hersant ? Vrai que cela dura trois ou quatre numéros, les convictions se heurtant vite aux faits têtus. Ses rédacteurs, pour la plupart anciens journalistes de P.N. ayant fait « jouer » la clause de conscience, reçurent une belle leçon : la presse, avant d’être lue, doit se vendre. Et pour vendre, etc.

En ai-je perdu de l’argent dans cette affaire là ! D’où aigreurs d’estomacs et amitiés brisées. Enfin, bref.

Réalité, le Rouennais (ou ses dérivés) n’aime guère les journaux. Il en lit peu. En achète encore moins. S’il s’intéresse à la vie locale, c’est par le biais des rumeurs et des à-peu-près du collègue de travail ou de la boulangère. Ça lui suffit « pour se faire une idée ». Ces idées sont souvent des idées reçues. Mais peu lui importe, la ville dort.

Dans les conversations de « dîners à ville », chez Molineux, chez les R*** ou les V***, on passe pour un aigle dès lors qu’on donne une information irréfutable ou un chiffre précis. Savoir quelque chose de rouennais vous donne qualité et autorité. Encore ne faut-il pas trop bousculer l’évidence ou l’a priori ; dans ce cas la main passe du côté de la boulangère, laquelle vaut souvent le journaliste (vrai que par moment…)

Aujourd’hui on s’en tient à la communication. Demain, c’est la rentrée ! Il neige ! Bientôt les soldes ! Ces informations sont nécessaires, primordiales, suffisantes. Dire le monde revient à le montrer comme une évidence. Nommant ça l’objectivité, on est assuré d’écrire droit. C’est qu’avant tout, on craint l’ennui et la lenteur, défauts qui ne servent qu’à durcir les choses. Le monde doit être simple. Et Rouen encore plus.

Du journaliste ou de la boulangère, qui fait les meilleurs gâteaux ? Pas la seconde qui constate souvent « qu’on n’en a pas la vente » ; et pas le premier qui « ne mange pas de ce pain là ». Après ça, que conclure ?

1 Réponse à “CLIII.”


  • La Tribune de l’Agglomération rouennaise (Pierre Lepape, Serge Bolloch, Marc Lecarpentier, Jacques Grall etc, beaucoup de bons journalistes, mais très « engagés », et ceci à la manière des années 1970 – c’est-à-dire par exemple beaucoup plus le marxisme que l’écologie) a duré 18 numéros, et non pas 3 ou 4.

    C’est peu, mais cela constitue tout de même une petite collection (février-août 1977) qui permet de saisir, au moins en partie, ce que pouvaient être alors les débats rouennais.

    Le n° 1 dénonce le « scandale » des Jardins de L’Hôtel de Ville, = des appartements de luxe édifiés sur une table rase aprés la démolition du lacis de ruelles anciennes d’habitat populaire qui existaient justement derrière la mairie.

    Quant au n° 5, intitulé « Bonne nouvelle, sortie sans issue », sa relecture démontre que les débats autour des conditions d’incarcération, à Rouen comme ailleurs, existent depuis au moins 30 ans, donc pas seulement depuis que Nicolas Sarkozy est devenu .ministre de l’Intérieur puis président de la République.

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