CLI.

Chacun se félicite de ces deux journées de consommation culturelle placées sous l’invocation du patrimoine. Amusant d’observer dans des rues d’ordinaire désertes, des groupes, nez en l’air ou plongés dans des prospectus, chacun d’entre nous occupé à communier dans la même ferveur d’un passé conservé (plus ou moins). Que de dévotion devant les Monuments historiques ! Que de recueillement devant l’Inventaire ! Ce jour, tout un chacun n’est qu’une âme nue rendant grâce au Ministère de la Culture et à ses vicaires généreux, entendez les différentes Directions de l’action culturelle.

La métaphore religieuse paraîtra facile. Mais le fait d’ouvrir ces jours-ci tant et tant d’églises nous y force. De fait, les sacro-saintes convictions républicaines et laïques peuvent s’en ressentir ; rappelons le malheureux exemple de Paul Claudel et de son fameux pilier de Notre-Dame. Parfois, ces histoires-là, ça vous tombe dessus comme la foudre.

Par bonheur on peut aussi visiter des usines (à défaut d’y travailler), des casernes (à défaut de se battre), des jardins (à défaut d’y flâner)… sans oublier les hémicycles où la foule pénètre avec jubilation (à défaut d’y siéger). Quoi d’autre ? Mais, bon dieu, des conférences, des performances, des ateliers, des circuits, des démonstrations, des projections, des installations… et bien d’autres salades de fruits.

Dans ce dernier genre, rendons grâce (autre vocable religieux) aux tenants (ou aboutissants) de notre Muséum d’histoire naturelle qui proposaient une visite « dans le noir à la lampe Dynamo ». J’attends avec impatience l’an prochain pour savoir jusqu’où on poussera la difficulté sinon l’audace.

On s’en doute, ma qualité de pessimisme ne résiste pas à ces épreuves. De deux jours je ne suis pas sorti de chez moi. Ah oui, pour mon tour au clos St-Marc (encore un !) Là, avec dix ronds d’andouille, pas mal de navets, une demi-citrouille, trois kilos de patates et une tête de veau, mon cabas fut vite plein.

Trêve de plaisanterie. Rouen est une ville de trop de passé et de peu de mémoire. A force, quartiers, monuments, vieilles pierres, on ne voit plus rien, on ne regarde plus rien. Ce fut la Ville-Musée. Si le slogan n’était pas mal trouvé, la guerre l’a mis à mal. Pour les Journées du patrimoine, on s’aligne sur le minimum : une église par-ci, un musée par-là, tout à l’avenant et la Com’ fera le reste.

Le vrai patrimoine commence le lundi. Hanter les rues, traverser les places, s’arrêter devant une vitrine, regarder ceux qui vont et viennent. Être au monde, en faire partie. Et laisser à quelques-uns le soin d’en faire état, qu’on les nomme artistes ou personnages.

Ce dimanche, la Ville, le Département, l’État ouvraient leurs boutiques. On avait l’impression d’être invités. De pénétrer chez les autres. Comme ils l’entendaient, comme ils le prévoyaient. On n’avait qu’à constater comme ils sont cultivés, instruits et généreux. Comme nous, du reste. Ainsi, lorsqu’on arrive pour dîner et que la maîtresse de maison vous dit en prenant vos fleurs : « Vous avez fait des folies ! » Ce qui est toujours un peu vrai, un peu faux.

Des visites « dans le noir à la lampe Dynamo », j’en ficherai !

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