CXLVIII.

Longtemps le cinéma fut ici un privilège. Entendez là que Rouen a été une ville cinéphile. Il en reste l’ombre, à en juger des débats qui agitent. Plus que tout, le destin du Melville passionne la gent culturelle. Gageons que la Municipalité aura peu à faire pour convaincre de ses demi-choix ; il lui suffira de rallumer six vieux néons et de se revendiquer de son passé cinématographique. Vous verrez.

Vrai aussi que ce passé correspond à cet âge d’or de ce qu’on a nommé « le cinéma du samedi soir ». Lorsqu’existaient ici l’Eden, le Normandy, l’Omnia, la Renaissance, le Studio 34, le Cinédit, l’Olympia… salles érigées depuis en mythes. Une à une, elles appartenaient à des hommes et des femmes aimant le cinéma. L’aimant comme des commerçants aiment le commerce. En ayant la foi. Ils y « croyaient ».

Rien de tel aujourd’hui. Nos exploitants (ceux qui restent) regardent avec crainte leurs films ou ceux des autres. La concurrence remplace l’émulation (le pop-corn en plus). Sur ce dernier point, note en bas de page : autrefois le produit des ventes d’esquimaux allait dans la poche des ouvreuses, pas dans celle des « exploitants ». Mais au fait : c’était quoi des esquimaux, c’était quoi des ouvreuses ?

Il y eu quelques figures : les Leroy, Madame Moch qui dirigeait L’Olympia, plus tard les frères Boutigny. Au regard de l’histoire, peu. Et parmi les moindres, qui se souvient d’André Francel (né en 1916, mort en 1983), créateur et animateur du Film-Club, l’un des tous premiers cinéclubs de la ville (à une époque, des flopées).

Petit homme, binoclard, à demi-chauve, genre blondinet fluet, toujours un peu rouge de figure. Vivant de peu (il était pion à l’internat St-Jean-Baptiste de La Salle), il appointait à l’hebdomadaire Tout-Rouen, ce qui ne devait pas lui laisser grand-chose. Pas méchant pour deux sous, un peu limité, mais comme on dit dans le Midi « il était brave ». Rare connaissance du cinéma, de son histoire, des films, des réalisateurs… Toujours dans le goût de son temps, du reste. Plutôt dans le genre classique : Jean Renoir, René Clair, Vittorio De Sica, Roberto Rossellini… l’homme méprisait Hollywood (quelques John Ford, et encore), vénérait Serge Eisenstein ou Kenji Mizoguchi (ce en quoi il n’avait pas tort).

Francel montrait des films à la jeunesse. Des films, et des films, et encore des films. Jeunesse dont je fus et qui lui doit beaucoup. Peut-être trop. Il ne mérite pas l’oubli. Mais qui le mérite ? Que fait-on pour l’obtenir ? Bref, un Rouennais de ce temps. Du temps où on y croyait. Tous, et tout le monde. C’était simple.

Aujourd’hui, tout se complique. Voyez : on se mobilise pour Le Melville. Fermera, fermera pas. C’est histoire de posture politique (quant ce n’est pas posture distinguée). Le cinéma là-dedans ? Macache. Tout en avalant des pizzas, on regarde les séries à la télévision (séries du câble, pas celles des nazes). « Nous voulons de l’Art et Essai » disent les faiseurs de roi. Pour quoi faire ? Pour dire. Pas pour voir. Pour le reste, ça continue comme avant : esquimaux, pop-corn, pizza… Après ça, que conclure ?

1 Réponse à “CXLVIII.”


  • D’accord pour fustiger les pop corns. Ca fait du bruit et ça ne sent pas bon.

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