CXLVII.

Plus personne ne le sait mais, il y a 65 ans, Rouen était libéré par les troupes canadiennes. Plus personne ne le sait car la complaisance mise à recueillir et publier les souvenirs de « grands témoins » laisse penser que la véritable pandémie à craindre est celle de l’Alzheimer historique.

Dans Paris-Normandie (numéro du 29 août dernier), un consciencieux journaliste (quel âge a-t-il ?) consigne les propos d’un Rouennais du temps, alors âgé de 15 ans, qui donne, outre sa version de l’Histoire, un témoignage « plus complet que ce que les livres d’histoire ont bien voulu retenir ». Cette déposition s’arrange à la sauce émotionnelle, ce qui est dans l’air du temps, et s’achève dans la diatribe politique, ce qui l’est tout autant.

J’ai hésité à écrire cette chronique. Vrai qu’à la longue, le pointage des ridicules de notre quotidien local me lasse. Me lassant, je risque de lasser mes pauvres lecteurs. Mais, me dit-on, j’amuse la galerie. Donc…

Donc, ce précieux témoin nous dit qu’il habitait alors « rue de la Charrette », et qu’une fois sa maison bombardée, il s’est réfugié « au Croisset ». Pour être honnête, il précise que la rue en question n’existe plus. Disons même qu’elle n’a jamais existé, puisqu’il s’agit de la rue « des Charrettes ». Mais baste. Quant « au Croisset » c’est sans doute là qu’habitait Octave Maubert, romancier fameux, surnommé aussi « le termite du Croisset ». Ça aussi plus personne ne le sait.

Mais l’essentiel est ailleurs. Si notre lumineux témoin vécut la Libération « avec soulagement », c’est pour dire aujourd’hui son « écœurement ». Suscité par quoi ? Par les bombardements américains, bien sûr. Qu’apprend-t-on aujourd’hui ? Que les Amerloques ont lâché « 458 bombes de 1000 kilos sur la ville, la détruisant en grande partie et tuant énormément de monde. » Si ça c’est pas du témoignage direct, que vous faut-il ! Et dire que « les livres d’histoire » n’en parlent même pas !

D’autres révélations ? Oui. Les malheureux Rouennais, bernés de toujours, applaudissaient leurs libérateurs, persuadés « d’avoir été bombardés pendant trois mois par les Allemands ». Pas notre pénétrant témoin, lequel connaissait le dessous des cartes. Dame, lui savait « distinguer un avion allemand d’un avion américain ». Vrai que vu de la rue de la Charrette…

On a beau avoir quinze ans et toutes ses dents, un tel constat forge les convictions. Apprenez que notre exceptionnel témoin, devenu « antifasciste de gauche » (ce qui est préférable à l’être de droite) ne peut se défendre d’un « profond » antiaméricanisme. Qui en douterait ? Non, dit-il, « je pourrais vivre encore mille ans, je n’oublierai jamais ».

Et nous donc ! Et pas seulement. D’autres aussi. Ceux qui, en avril 1944, collaient des affiches montrant les destructions rouennaises avec ce commentaire : « Rouen, cité martyre, plus de 2000 morts par le dernier raid terroriste anglo-américain ». Cela venait de la Propagandastaffel… laquelle aura atteint, finalement son objectif.

Tout à ses souvenirs, notre fantastique témoin s’exclame : « En me rappelant ça, même à 80 ans, j’ai envie d’être méchant ».

Oui. Et à 79 ans, Félix Phellion a envie d’être bête.

1 Réponse à “CXLVII.”


  • François Henriot

    Bien sûr l’histoire n’appartient pas qu’aux historiens, et le recueil de témoignages par des journalistes ou « historiens amateurs » peut contribuer à élargir la connaissance historique, au moins à entretenir la passion pour l’histoire.
    Encore faut-il recouper, vérifier, mettre en perspective les propos voire diatribes des « vrais gens »! Si on ne le fait pas, on parvient à ce genre d’article épouvantablement désinformateur. Il est vrai que l’on parle encore, à Rouen, des « torpilles lâchées par les Forteresses volantes »…
    Une seule demande, cher rédacteur de ce blog: envoyez votre commentaire à Paris-Normandie. Je pense que PN le publiera sur son site. Je ne peux pas le faire à votre place…

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