CXLVI.

La Ganterie, suite et fin. Troisième partie de rue, celle habituelle, connue, la vraie presque. De longtemps la plus commerçante, la plus changeante aussi. D’entrée, c’est la grande maison ancienne, millésimée 1735, où loge un marchand de bijoux anciens. La vitrine, pour gens de goût, est un ravissement… vite arrêté à la limite de nos cartes bancaires. D’où des regrets, voire de la frustration. Cette dernière se compense chez Maugard, à côté. Les gâteaux y sont quelconques mais de tradition boulangère.

En face, les Coop, au n° 42, où ce qu’il en reste, fort utile aux retardataires du soir, lorsqu’on rentrait pressés. Presque à côté, ce fut autrefois l’Hôtel du Carillon, soit pas grand-chose. C’est aujourd’hui Le Vieux Carré, hôtel, saladerie, salon de thé, lequel succéda à un restaurant étoilé qui n’eut qu’un temps. L’actuel Vieux Carré est un bon observatoire pour lorgner la rouennerie dominante. Ils ont aussi, soyons justes, d’excellentes pâtisseries.

Dans ce secteur, les anciens se souviendront de la librairie Forest (au n° 33, dite Carrefour du Livre) au rez-de-chaussée de cet immeuble « contemporain » qui, ma foi, tient bien le coup. Rien à dire de ce qui fut une des grandes librairies locales. On y débitait, dans le genre raisonnable, ce qui était susceptible de se vendre en tant que livres. Guère autre chose.

A côté de Carrefour du Livre, le Jolly Ox. Plus personne ne sait ce qu’était ce « grill » spécialisée dans la barbaque saignante façon yankee. Temple des années Soixante-dix, le décor était à l’avenant. Les frites s’y nommaient « potatoes », ce qui alignait les additions sur le taux du dollar « fort ». Comme au Vieux Carré d’aujourd’hui, il faisait bon s’y montrer.

Autre restau, en face, à l’angle de la rue de l’École, au n° 20, Parmentier. Aussi une institution disparue, genre de boutique où le menu du jour proposait sardines à l’huile ou harengs marinés. L’endroit était un hymne à Georges Simenon. Y compris un auguste chat tigré qui, de table en table, s’imposait sur une chaise vacante, et daignait de votre main recevoir une fine part de sauté de mouton.

Passé le Jolly-Ox, Alexandre Chaussures, au n° 21. Longtemps une enseigne dans le genre « homme bien habillé ». Un peu plus loin, au n° 10, Le Royal Ganterie, autrefois « grand restaurant », lequel ne résista guère aux temps nouveaux du Rouen d’après-guerre. Mourant de sa belle mort, il devint Le Scaramouche, lugubre cabaret que tentèrent de monter les fils Segas, autrement dit la famille Robertys. A ces évocations, ce n’est rien de dire qu’on est dans les rouenneries des rouenneries. Il faudra, un jour ou l’autre, raconter tout ça.

On arrive à la Crosse. A gauche, au n° 8, la pharmacie du même nom. Elle est devenue, dans les années Soixante-dix, La Moisson, meubles et vaisselle à la mode Larzac. Une mode qui enterra celle d’avant… en attendant l’autre. C’est d’ailleurs fait.

La pharmacie émigra au Drugstore, plus loin. Et l’on refit le carrefour, aménagea la fontaine, d’autres boutiques succédèrent à d’autres, puis encore d’autres. Et j’ai oublié le fourreur, la poissonnerie, l’antiquaire, le droguiste, et l’opticien Lafrogne… Mais c’est fini.

1 Réponse à “CXLVI.”


  • François Henriot

    Votre nostalgie affichée, vos préférences peuvent agacer. Mais quel plaisir de vous lire! Parce que vous écrivez bien. Alors, tout simplement,merci.
    PS. J’ai vingt ans de moins que vous et je suis (horreur?) »dans la com ».

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......