CXLV.

Suite Ganterie, à partir de Jeanne d’Arc. Nous venons de quitter Steve McQueen. Voici une autre rue, une autre ville. La Reconstruction avec un grand R. D’abord l’impayable institution qu’est Radio Comptoir, puis (disparue) l’hygiénique Maison des Régimes. A elles deux, ces boutiques valent (valaient) le déplacement.

La première est un lieu teinté de respect et d’ésotérisme : pourquoi ces objets empreints de mystère en même temps que de vague menace ? Comme pendant, la santé par les plantes. Masque d’argile, tisane de passiflore, coupe-ongle du docteur Scholl… ceux-là persistent et se moquent (du moins, se moquaient) des câbles et antennes pour spationautes.

La Maison des Régimes n’est plus, remplacée par un fleuriste à la mode, tout en charme et sans fleurs. Afin de perpétuer le souvenir du défunt marché aux vraies fleurs ? Celui-ci fit naguère la jonction entre le Palais de Justice et notre rue. La frénésie immobilière de l’ère Lecanuet l’a mis à bas, remplacé par l’Espace du Palais. Où il n’y a ni espace et encore moins de Palais.

Cet ancien marché avait son charme. Indéfinissable comme tous les charmes. Petites cases d’un seul niveau, toits plats, légèreté, espace, verdure… Trente ou quarante ans durant… puis les fleurs ne se vendirent plus, d’où un lieu à l’abandon dont on ne savait que faire. L’une après l’autre, les boutiques fermèrent. Aujourd’hui, à tout prendre, on lui offrirait le statut envié de jardin du centre ville.

Revenons, pour ne plus en parler, à notre rue. Surtout à Élisabeth Brunet, à sa chère librairie, l’une des moins bienveillantes de la ville. Elle a ses inconditionnels. Encore un mystère. Ce fut autrefois Record Shop, disquaire fameux et fameux disquaire. Lui aussi avait ses inconditionnels. Pour le jazz surtout. Le classique aussi, mais pas trop.

Règne d’André Junement qui, après avoir été vendeur chez Storm (rue Jeanne d’Arc, voir les annuaires du temps) se lança, avec bonheur, dans les galettes noires. Puis celles-ci, un beau jour, ne se vendirent plus… Je l’aperçois de temps à autre, vieux monsieur à présent (il n’a jamais été très jeune). Comme moi, il pose au mémorialiste rouennais. Pour ce que ça nous vaut…

Passé l’allée Eugène-Delacroix, on tombait sur la Miroiterie Barret. Belle boutique, beaux objets, élégance et sérieux. Françoise Barret (qu’est-elle devenue ?) était une femme splendide. Pas commode, par contre. Enfin, bref.

Ce bout de rue s’achève (s’achevait) par un carrefour sur lequel on a créé une place, celle du « 19 avril 1944 ». D’où, off course, jet d’eau, bassin et statue. Charité que de n’en rien dire. Finissons avec les deux bistrots en présence, Les Floralies, et Le Socrate. De mon temps, qui allait à l’un, n’allait pas à l’autre. Le Socrate, passait un peu (beaucoup) pour beauf ; Les Floralies, intello. Vingt ans durant, Pierre Garcette y tint ses assises. Avec Jean Rouquier. Mais alors là, si je commence, ça va nous entraîner loin…

Ce coin là n’a plus rien à voir avec ce que j’ai connu. Ma rue à moi avait comme un air de vieux saxophone, Coltrane ou approchant. Aujourd’hui, ces bistrots, ce carrefour, pourtant lieux des plus vivants, me sont étrangers. A d’autres donc. Pour ce que ça leur vaudra…

1 Réponse à “CXLV.”


  • N’est-ce pas plutôt de « Marie-France » Barret, dont vous voulez parler ? Une dame qui aurait une petite soixantaine d’années, blonde, très belle encore, intelligente, maîtresse de maison accomplie ?
    Elle a perdu son mari depuis un moment.
    C’est une amie.

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