CXLII.

Une de mes récentes chroniques s’attachait aux souvenirs de Pierre Mac Orlan et d’un chapitre de son roman Mademoiselle Bambù, intitulé Méditations rue de la Savonnerie. Ceci à propos d’une banale histoire de prostitution dans le quartier de l’actuelle rue des Charrettes et de la façon, toute prosaïque, dont désormais on traitait ces choses.

Rouen qui passe, Rouen qui demeure ? Il faut croire que le pittoresque naît de la mémoire. C’est d’ailleurs pourquoi on écrit. Le romanesque des lieux ou des situations réclame un peu de bonne volonté. Ou d’effort. On nomme parfois ça l’imagination.

Du Rouen de Mac Orlan, il ne reste que des évocations convenues. Elles tiennent surtout et trop souvent aux noms des rues et aux enseignes. Existent encore les rues St-Éloi, de la Savonnerie, St-Jacques, St-Étienne des Tonneliers, mais plus celle des Espagnols. Si persiste l’Océanic-Bar, c’en est fini du Bar des Princes ou du Jack-Stockholm-Bar. Et tout ça par raccroc, car pour autant de « bars à matelots » de la rue St-Étienne des Tonneliers d’hier… ceux d’aujourd’hui ont d’autres références. De Quartier réservé, on est passé à Querelle de Brest. Oui, passons.

Il y a, d’ouverture récente, place de la Haute-Vieille-Tour, une épicerie de nuit à l’enseigne de Midnight Express (l’imagination est au pouvoir). Il faut croire que les choses n’y vont pas toutes seules, puisqu’on y a réglé, jeudi dernier, 13 août, un différend sérieux à coups de couteau et de revolver à balles de caoutchouc. Mohamed y a perdu la vie.

Pêle-mêle, la presse estivale nous parle d’enquête rapide, de suspects nommés Yokole-Angelo et Farès, de vitrine brisée par une bouteille de champagne, d’arme blanche nettoyée, cachée après l’agression, d’expédition punitive, de racket, d’affaire de drogue, d’autopsie à l’institut médico-légal, de casier judiciaire, de mandat de dépôt, de récidive. Etc.

Ma chronique de référence se concluait par une réflexion sur le capitaine Hartmann, héros-policier de Mac Orlan, qui, disais-je : « aurait, de nos jours, des difficultés à trouver sa lumière romanesque. » C’était au mois de juin. Le 26. Inutile de dire que je rature cette phrase.

Quel Mac Orlan d’aujourd’hui dira pourquoi Yokole-Angelo ou Farès (ou d’autres), en voulaient tant (et à propos de qui, de quoi ?) à Mohamed ? Le romancier d’autrefois a écrit La Bandera, histoire militaire dont l’action se déroule au Maroc, sous les drapeaux de la Légion étrangère. Bref, là où finalement tout a commencé : chez les mauvais garçons. Et où généralement tout finit.

Détail en passant : il existait dans les années Soixante, place de la Basse-Vieille-Tour, à deux pas donc, un bar de nuit à l’enseigne du Colombier. Son barman, prénommé Jerry, nous préparait de splendides cocktails martiniquais venus de sa province d’origine. J’ai passé là pas mal de soirées alcoolisées. Ceci est d’autant plus amusant (mettons : curieux) que ce quartier était alors un rendez-vous un brin chic avec L’Écurie, Chez François, Le Prado, divers magasins choisis… et tant d’autres histoires à raconter.

Avant ou après celle de Yokole-Angelo ? Après bien sûr.

0 Réponses à “CXLII.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......