CXL.

S’attarde-t-on place Foch ? Oui, ceux, assis sur les cubes de la station de métro. Ceux tournant le dos au Palais de Justice (de crainte que…). Ceux (jeunes pour la plupart) qui transitent dans l’attente d’une rame et repartent bientôt. Ils illustrent la métamorphose d’un lieu autrefois souverain, aujourd’hui voué à la simple utilité. La place Foch comme au gré des circonstances.

Difficile de concevoir qu’on y ait, autrefois, construit le monument dit « de la Victoire ». Ce gigantesque assemblage se voulait le cénotaphe des morts de la Grande Guerre. On y déposait des gerbes ; on s’y recueillait aux sonneries ; on y exaltait le sacrifice. Une guerre, deux, presque trois… affaires des fleuristes et renouvellement des porteurs de décorations. Il a suffit d’une rame de métro pour réduire ce mastodonte à la taille d’un rond point. On l’a remisé place Carnot. Certes, ça n’est pas à regretter, mais bon.

Reste une place Foch, claire, large, légère. Moins solennelle, moins rétro, fonctionnant sur le mode indéfini. Cette clarté se transforme en transparence, la largeur est sans horizon, la légèreté se mue en pesanteur. Que fait-on ici ? Le vide plus que le plein. Oui, quoi d’autre qu’attendre ?

Que sont devenus Photo-Comptoir, Hervé Chemisier, Le Diplomate, la Caisse d’Épargne, la boulangerie Cirette, Le Café des Postes, Le Bar des Taxis, Conord Réfrigérateurs… Qu’est devenue la façade du palais de justice que, curieusement, on ne voit plus ? Et qu’est devenue la grande pendule tournante de la bijouterie Lepage ?

Jérôme Neveu s’emporte : « Mais ceux qui glandent sur le parvis auront un jour autant de souvenirs que toi ! » Il n’a pas tort. Oui, ils diront : Que sont devenus France-Loisirs, l’Optique Lanchon, le Crédit Agricole, Paul Boulangerie… Et ils regretteront leur jeunesse, lorsqu’ils allaient avaler un Maxi-Chicken à 4 euros et que Chaïma ou Majda les attendaient devant la Fnac. « Putain, ça m’ gonfle » diront-ils en constatant que la place Foch n’est plus ce qu’elle était (puisque devenue place Barack-Obama).

Le temps passe et que nous passons avec lui. Ces dernières semaines, la jeunesse me double sur ce trajet. Quelques faits divers récents montrent une génération déterminée à en finir. Pour elle-même ou pour les autres. C’est son unique courage mais il résiste à beaucoup de choses.

Mains coupées et cerveau vide, cette jeunesse n’agit que dans l’irrémédiable. Son innocence vient de ce qu’elle est livrée à elle-même. Les jeunes sont ainsi : seuls au monde. Ce dernier n’existe que pour les contenter et leur servir. Ils ne croient à rien, pas même aux charmes du Diable. La faute nous en incombe, parents, éducateurs, adultes de tous poils et de toutes obédiences. Nous ne les aimons pas ou plus. Nous ne sommes parvenus qu’à leur donner une idée fausse de ce monde.

Au final, ils n’ont à leur disposition qu’un théâtre d’improvisations. Sans rôle, sans texte, sans lumière… ils y répètent d’improbables drames, à l’exemple des didascalies de Shakespeare : « Lords, assassins, messagers, soldats, spectres, drapeaux, sonneries… Ils sortent. »

3 Réponses à “CXL.”


  • « Et ils regretteront leur jeunesse, lorsqu’ils allaient avaler un Maxi-Chicken à 4 euros et que Chaïma ou Majda les attendaient devant la Fnac »

    Ou Morgane, Jenifer et Anne-Charlotte…

  • -café de la Poste( et non des postes)
    -Optique Le Lanchon ( et non Lanchon) mais vous devez rencontrer monsieur Le Lanchon sur le Clos car il déambule comme vous quand il n’est pas en Espagne…..
    Des points positifs,s’il vous plait dans la vie rouennaise actuelle?

  • Revenue de vacances, je lis vos textes, mais dans le désordre. Donc je viens de lire l’avant-dernier, et tombe sur : « La faute nous en incombe, parents, éducateurs, adultes de tous poils et de toutes obédiences. Nous ne les aimons pas ou plus ».
    J’admire beaucoup vos textes, dans leur versant littéraire. Sur le fond, autant vous l’avouer, je suis parfois fascinée par votre… assurance. Je ne sais si c’est un procédé littéraire, un trait de caractère, ou un héritage culturel “années 1950-1960” où tant d’intellectuels étaient si sûrs d’avoir raison sur le plan idéologique.
    Je préfèrerais que de soit un pur procédé littéraire, à la manière d’Alain, qui gommait volontairement ses doutes et les nuances dans ses Propos, pour provoquer des réactions, donc par souci au fond de dialogue.

    Donc revenons à nos moutons, à savoir aux enfants, et à l’amour à leur égard. Qu’est-ce qui peut diable vous faire affirmer sans bémol : “Nous ne les aimons pas ou plus ». Vous en avez eus ??? Vous en avez beaucoup fréquentés???

    Je sais, c’est un peu direct et indiscret…

    Mais en ayant eu moi-même trois trois et en fréquentant beaucoup, je ne fais pas du tout le même constat.
    Bien sûr quand on aime (cela vaut pour tous les êtres humains, pas seulement pour les enfants..) on peut être maladroit, nocif, cruel même. Ceci de tous temps, et en général involontairement, au moins en partie

    Mais je ne vois vraiment pas sur quelles bases on peut affirmer sans sourciller que les adultes aiment moins les enfants actuellement qu’ autrefois (au fait : quel “autrefois” : 1900 ? 1930 ? 1950 ? 1970 ?

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