CXXXIX.

Un moment que ça me tourne autour, le besoin d’écrire un tombeau pour Christophe Rouas. Ce faisant, je sais à quoi je m’engage, au risque de me fourvoyer, à parler de choses dont je ne sais rien. Mais l’affaire faisant l’objet des bavardages de « dîners en ville », pourquoi ne pas s’en saisir ? Christophe Rouas est ce boulanger de la rue Armand-Carrel, en descendant, en bas, à droite. Il s’est donné la mort il y a quelques semaines.

En une quinzaine d’années, à peine si nous avons échangé trois mots. Client, je l’étais sans l’être. Parfois, le dimanche, revenant du Clos, pour un gâteau ou deux, souvent une Linzertarte, l’une des rares de la ville. Somme toute, Christophe Rouas comme une habitude dominicale. Pas plus.

Je l’ai connu lorsqu’il était mitron, déjà, chez Osmont, sur le Marché. Puis il a ouvert boutique, reprenant celle d’un fleuriste, l’agrandissant d’une ancienne boucherie chevaline, et bientôt, troisième, d’une charcuterie. Ce, en à peine dix ans. A la fin de l’année dernière, tout est mis bas et le petit boulanger, devenu grand, offre à la rue le plus beaux des magasins. Luxe insolent, les pâtisseries et les flutes se montrent sur fond de murs blancs, sol de marbre noir, lustre de cristal démesuré… et en façade, Rouas en lettres d’argent. Comme ailleurs Chaumet, Boucheron, Cartier.

Ascension rapide d’un gros travailleur, récompense de l’excellence de l’artisan talentueux… tout pouvait être dit. Et dit pour raconter une belle histoire. Ou une autre, moins belle. Trois mois après l’ouverture, on apprenait que Christophe Rouas avait disparu. Cheveux coupés courts, regard clair, jean et pull anthracite, chaussures de cuir, au volant d’une Jeep Cherokee, il a pris la route un soir de mars.

Cinq semaines plus tard, on repêchait son corps dans le port de Dieppe. La presse avança des difficultés financières, un contexte familial, une pression professionnelle… tout ce qu’on peut dire quand on ne sait rien. Du reste, le suicide paraissait évident.

Inutile de dire qu’en ville, les langues allèrent bon train. Boulanger pour boulanger, on allait lui faire payer son lustre et sa boutique de prétentiard. Ici, on n’aime pas que les gens réussissent. Ici, il faut « se tenir tranquille ». Un boulanger, c’est un boulanger : un type qui travaille la nuit, qui est toujours seul, qui n’a guère le moral. Ce n’est pas un type qui gagne de l’argent et le montre.

Dès lors, que n’a-t-on dit ! Sur l’écran vidéo dans la boutique où il s’exhibait à la préparation des tartelettes aux fraises ; sur ses allers et venues, dans la rue, été comme hiver, en tee-shirt, toujours affairé, trop bossant, trop pressé ; sur son troisième magasin en forme de chocolaterie (une chocolaterie, j’ vous demande un peu !) ; sur ses vendeuses, finalement pas aimables ; sur son pain, finalement pas si bon…

Pour mourir, Christophe Rouas avait ses raisons. Entre Rouen et le port de Dieppe, il a eu le temps d’en peser le pour et le contre. C’est donc une si grande souffrance que de faire des gâteaux ? Oui, des fois.

3 Réponses à “CXXXIX.”


  • Vous avez aucune idée de se qui c’est passé, vous ne savais rien sur cette homme n’y sur sa famille et autre alors vous étes prié de ne pas méttre n’importequoi sur internet !! Pour vous il n’est peut-étre qu’un simple boulanger mais pour dd’autre il est un pére, un mari, un ami …

  • Dire des choses pareille sur quelqu un qu on ne connait pas c est vraiment dégueulasse. Pour celui ou celle qui a écrit ce torchon le mieux ça serait de se cacher … Pour nous , sa famille c était comme un père quelqu un de bien et courageux . Si vous insultez sa mémoire c est que vous valez vraiment rien et j espère que vous le regretterez … Si vous dites des choses pareille ayez au moins le courage de le dire en face …
    C était un homme de valeur , courageux , honnête ! Il sera a jamais dans nos cœur .

  • Je serais vous j’aurais honte mais a un point … comme vous le dites vous ne le connaissiez pas ! alors au lieu de dire des chose horrible sur cette homme si respectable , vous ne savez pas la cause de son geste personne le sais mais la seul chose a faire ses de le respecter ! Il a tant fait de chose magnifique , il était toujours heureux , il était serviable et la en écrivant cette article vous le nuisez !!! ayer honte !!!
    amen a lui ,qu’il repose en paix !!

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