CXXXVIII.

Qui aura (pas moi) le courage ou le talent d’écrire un jour la Véridique et terrifiante histoire du Palais des Congrès ? En combien de chapitres dire l’abandon de l’immeuble des Anciennes Mutuelles, sa destruction, les différents projets en lice, le formidable psychodrame à admettre le bâtiment de Jean-Pierre Dussaux, le lancement du chantier, son minage financier, le désengagement de la Ville, les lourdes modifications apportées au projet, l’inauguration, le fonctionnement a minima, l’enlisement des ambitions, le ratage des opportunités, l’attentive fermeture, et pour finir le grand épisode intitulé La Citadelle endormie.

Vint la découverte du vestige. Le feuilleton reprit. Seconde ou troisième époque, que le génial polygraphe intitulera : Le Mistigri. Car ce fut à qui se repasserait les clés du bâtiment, à qui n’aurait de cesse de se défaire de la ruine, à qui hériterait du valet de trèfle. Il fallait de bonnes cartes en regard, ce qu’on nomme « garder la main ». Un promoteur s’y risqua. Nouvelle donne : nouvelle destruction, nouveau projet, nouveaux déboires. C’est que l’opinion, désormais soucieuse de Patrimoine et censée s’y reconnaître, voulut avoir son mot.

Si le premier psychodrame avait été formidable, le second serait phénoménal. Un nouvel immeuble fut projeté. Air du temps, on voulut le discuter en public. Un soir de l’hiver 2004, en mairie, l’architecte Jean-Pierre Viguier tenta de bluffer l’opinion avec un visuel au « décrochez-moi ça ». Celui qui n’a pas assisté au numéro d’artiste, n’a pas vécu. Flaubert était dans la salle et prenait des notes.

Parlerait-on d’architecture ? A peine. Contre toute raison, on refusait la construction, pour réclamer – telles les grenouilles un roi – quoi ? Des poutres apparentes, des fenêtres à petits carreaux, un porche médiéval. Ou alors, oui, un coin de verdure, une pelouse, un jet d’eau, un parterre de pétunias, que sais-je ! Hasard de calendrier, ces lubies reçurent le soutien d’une opposition municipale qui savait trop bien qu’elle n’en pourrait mais. N’importe, frottons-nous les mains.

Passons sur les batailles juridiques et administratives amenant les promoteurs à tenir bon, obtenir leur permis de construire, et, bons princes, offrir un second projet. Plus consensuel, plus anodin. Las, ça ne passait toujours pas.

Vinrent les élections. La Dame de cœur remplaça le Roi de Carreau. Promesse électorale oblige, un vrai-faux référendum assit l’opinion dans ses convictions : pas du verre, du vert ! On avait gagné, ils avaient gagné… bref, tout le monde aura perdu.

Aujourd’hui la situation est telle qu’un troisième projet sera dévoilé à la rentrée. Dura lex sed lex : celui-là sera le bon. Quoiqu’il en coûte. Viguier signera un ouvrage qu’il oubliera aussi vite, la Reine Mab mangera sa couronne mais aura un square en sa cour d’Albane, l’opinion sera mécontente, ce qui est sa fonction première.

Fin du feuilleton ? Pas sûr. Les cartes sont au sabot, le fameux troisième projet en mairie. Bien caché à ce qu’on dit. Et ce n’est pas un des moindres paradoxes que de voir la presse locale s’en tenir à cet ordre des choses. Vrai que l’investigation chez nous… Bon, attendons septembre. Ce sera l’un des plus passionnants épisodes de la série, celui intitulé Fantômette et la Maison hantée.

1 Réponse à “CXXXVIII.”


  • Si je peux me permettre pour ma part, et m’étant pas mal agité autour de ce palais, le sujet est passé dans mon esprit d’un « désir » (irréel) d’architecture au décryptage d’une façon de faire (et ne pas faire) politique et financière.
    Le temps passé dans cette attente monumentale de ce désir que finalement je ne peux même nommer, à attiré mon attention au-delà. Sur l’époque de son origine, sur la brièveté de vie de ce monolithe (à croire qu’on est mieux assuré en comparaison pour un sèche-cheveux) et qui n’étonne personne, sur les mensonges, les reculs, les enrobés communiquant, les pétitions trompeuses et inutiles, les fausses fiertés vendues comme des décors de cartons, les frilosités d’une ville qui traîne ce boulet comme une faute originelle qu’elle refuserait d’amener en consultation pour un regard salutaire droit dans les yeux. Et sur le sort des villes-métropoles, aidé en cela par quelques saines lectures.

    Pour ma part disais-je, et me voilà fort étonné (une nouvelle fois, une dernière fois?) de me sentir dans une pulsion native encore partie prenant de l’histoire et de l’aménagement de ma ville. Une ville qui comme tant d’autres n’est plus « faite par et/de ses habitants », mais articulée de contraintes à passer dans des goulots de forces extérieures dangereuses et détestables. D’autres lois, de nouvelles lois sont à l’œuvre et pèsent sur nos parcours citadins et nos destins.

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