CXXXVII.

Pourquoi le souvenir d’un tel jour, telle soirée, tel petit fait, telle rencontre fortuite ? Agaçante mémoire involontaire. D’autres en ont construits d’admirables romans. Autant y retourner. Il y a peu, est revenu à ma mémoire un dimanche après-midi de 1954, où je me suis retrouvé au cinéma Voltaire de Sotteville-les-Rouen. Début d’hiver, novembre ou décembre, un petit groupe (figures qu’il ne servirait à rien d’indiquer) désireux de voir… quoi ?… un film intitulé Julietta.

Ce dont je me souviens. De ça et des loges du Voltaire, antiquités que nous nous réjouissions d’occuper en bande bruyante et goguenarde. Cette salle n’existe plus (enfin, ce me semble). Longtemps elle figura parmi les bonnes salles de banlieue. Place Voltaire, vaste, calme, un brin vieillotte. Dans ces années-là, elle avait l’avantage de proposer des films en seconde vision, entendez après leurs sorties rouennaises. A l’écran de nouveau pour un prix dérisoire. L’état pur du cinéma du « samedi soir ». Clientèle itou.

Pourquoi, grands Dieux, Julietta ? Aucun souvenir. Sur Internet (que ferions-nous sans l’électricité !) on nous dit Marc Allégret pour la réalisation, Françoise Giroud pour le scénario (d’après un roman de Louise de Vilmorin), puis Jean Marais et Dany Robin pour principaux acteurs. Aujourd’hui une belle affiche.

L’histoire ? La marque des romans de Louise de ***, légèreté des faux-semblants, mélancolie joyeuse, volonté délicate de n’être pas sérieux… Qui les lit encore ? Qui les a jamais lus ? De fait, au catalogue des bibliothèques de Rouen, on les ignore avec conviction. Du temps de mes splendeurs éditoriales, j’ai croisé Françoise Giroud. Et vu, lors des cocktails Gallimard, Louise de Vilmorin. La première me paraissait redoutable, la seconde ridicule. J’ai changé deux ou trois fois d’avis depuis.

Assez sur le sujet. Autre chose : il est question d’inscrire (c’est fait) une sentence dans le marbre (qui n’en est pas) de l’ex-future médiathèque, à savoir Ultima Ratio Populi (si l’on veut : la dernière raison revient au peuple). On y verra un geste de mauvaise humeur de ce vieux maoïste de Rudy Ricciotti (je sais de quoi je parle) qui achève son bâtiment par une pirouette. Le plus drôle, c’est que les politiques, toutes couleurs confondues, s’en félicitent. Certains font même de l’humour, tel notre actuel adjoint au patrimoine, qui se console de la maxime en la préférant à Ultima Ratio Albertini.

Tout ça est amusant. Mais comme dit Carabine : « pas rigolo ». Car de ce ratage d’envergure, la conclusion est bien celle d’un Ultima Ratio de la finance ou du politique. Le peuple, en l’occurrence, n’a rien à y voir. Des anciens ou nouveaux, de la Droite ou de la Gauche, personne n’a demandé au bon peuple s’il voulait ou non d’une médiathèque, ici ou là. Quant à dire que Petit Albert est tombé à cause, c’est donner trop d’importance aux usagers des bibliothèques municipales.

Ultima ratio de ceux qui décident et qui paient, oui. Réélus ou pas. Voulons-nous des Nuits impressionnistes, voulons-nous du Hangar 106, du Palais des Sports, du projet Monet-Cathédrale, des 24 Heures motonautiques, du contournement Est, du Melville fermé ou ouvert, etc. Ma foi, autant que des romans de Louise Vilmorin…

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