CXXXV.

Paul Leroy, suite et fin. Donc, là commence la légende. Les années Quarante, la guerre, la débâcle, l’Occupation… La presse par-dessus ou au milieu. Et Rouen, ville de l’attentisme, capitale du parapluie. Notre scribouillard pouvait prétendre à s’illustrer dans la cité. L’hebdomadaire Rouen-Gazette devenu vacant, il en fut l’un des meilleurs fleurons.

Pour la jeunesse aimant les anachronismes, ces temps « où les Français ne s’aimaient pas », permirent au petit Paul d’être comme un Rebattet et un Genet à la sauce locale… c’est dire ! Si Rouen était Paris, si Rouen-Gazette était Je suis partout, si… Caricature certes, mais de nos jours, il faut faire vite, frapper les esprits, écrire à gros traits. Au final il suffisait à Paul Leroy d’être lui-même, soit rien. De fait, mon tombeau risque d’être trop grand (d’autant que moi aussi, j’aime écrire).

A Rouen on pardonne tout. Toujours. C’est l’habitude de passer au travers des gouttes. Après les aléas de la Libération, la vie reprit son cours. Chacun rechercha et retrouva sa tranquillité. Nouveaux journaux, nouveaux venus… mais pas nouvelles manières. Paul Leroy resta dans le décor.

A feuilleter les collections de Liberté-Dimanche, on voit sa signature au bas de régulières critiques de théâtre ou d’opéra. Années Cinquante, années Soixante… il y fut, jusqu’à la caricature, le journaleux placeur de copie. Qui, à Rouen, ne connaissait « Paulette », vengeance homophobe qualifiant sa médiocrité. Dans les conversations de bars, on ne parlait que de la dernière de Paulette, ses propos sinistres, la larmoyante exposition de ses malheurs, ses bassesses pour obtenir un verre ou une invitation… sans parler d’autres complaisances.

Rue de Fontenelle, l’appartement était rempli d’un bric-à-brac faussement précieux donnant l’illusion du goût et du raffinement. Un tableautin, une gravure, quelques reliures, une collection de sulfures. Sinistre. Que de soirées entre jeunes gens et vieux messieurs ! Ce, en un temps où l’homosexualité affichée n’était qu’une exhibition sans gloire. De nos jours… mais passons.

V*** me le disait il y a peu : ce qu’on a pu boire de Chartreuse, de Bénédictine, rue de Fontenelle. Je le crois volontiers. Et de me citer des noms, Untel, Untel, un autre, puis encore X*** aujourd’hui pères et grands-pères de familles. Un catalogue digne de la Recherche… mais toujours à la sauce rouennaise… Oui, c’est dire !

Voilà le paradoxe de pareils individus, comme le sparadrap du capitaine, on ne peut s’en débarrasser. Ni alors, ni aujourd’hui, à en juger par ces lignes. Pourquoi lui, oui, vraiment. Sans doute parce qu’il est (ou fut), pour beaucoup d’entre nous, un exemplum. Dire Paul Leroy, c’est composer un récit salutaire. Paul Leroy ou ce qu’il ne faut pas être. Mais aussi, quelle vertu y a-t-il à être toujours du bon côté ? N’y-a-t-il plus de force (de courage ?) à être du mauvais, quoiqu’il puisse en coûter ? Le Paradis est rempli de gens ennuyeux.

Bon, finissons. Misère, abandon, Paul Leroy, meurt à l’Hôpital d’Elbeuf vers 86 ou 87. Enterrement à la charité, chambre vidée en dix minutes, puis oubli total. Jusqu’à ce jour de juillet 2009 où Félix Phellion se prit pour Marcel Jouhandeau et voulut réécrire De l’abjection. Navrant.

1 Réponse à “CXXXV.”


  • Ces temps « où les Français ne s’aimaient pas »

    Parce que, en revanche, les Français s’aimaient à la Libération ? pendant la Guerre froide ?? Sous le gaullisme ??? En mai 1968 ???? Sous François Mitterrand ????? Sous Nicolas Sarkozy ??????

    Au fait : et si on donnait l’exemple tout de suite, pour les vivants…comme pour les morts ? Par ex en évitant de juger des vies ou des personnalités, qui ont comme on le sait bien pour nous-même, leur lot de secrets, de souffrances, d’ »excuses » donc probablement, en tout cas dont nous savons au total fort peu.

    Déjà, si on était limpide pour soi-même !
    Alors les autres = plutôt terra incognita, non ?

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