CXXXIII.

Dans un court chapitre de Mademoiselle Bambù, Pierre Mac Orlan met en scène un policier pistant, à Rouen, ce qu’on nommerait de nos jours un « tueur en série » plus précisément un « serial killer ». Ce chapitre s’intitule Méditations rue de la Savonnerie. On y croise le Canadien, Star, la petite Marcelle, l’hôtel des Vikings, les ombres de Landru, de l’égorgeur de Düsseldorf ou de Jack l’éventreur. Le policier (plutôt étrange) arpente la rue des Charrettes, celle des Espagnols, celle de la Savonnerie… bref, « le vieux Rouen de ma jeunesse, à une époque franche et rude où j’étais tendre et courtois comme un pigeon. »

Il y a peu, la presse régionale nous entretenait de la lassitude des riverains de la place Henri IV pétitionnant contre la présence de prostituées aux abords du quartier. De jour comme de nuit, il y aurait là une intense activité de filles de toutes nationalités, de clients avertis et de transactions équivoques (au sens strict). Mœurs de notre temps. Ou des temps anciens ? Le décor s’y prête peu. A l’ombre grise des Fronts de Seine ou du fracas automobile des quais, le Capitaine Hartmann aurait, de nos jours, des difficultés à trouver sa lumière romanesque.

N’empêche, roman ou pas, les riverains ont été entendus. Dans un de ses derniers numéros, Le Journal de Rouen (ou plutôt La Dépêche, où Mac Orlan fut correcteur) a donné une suite au feuilleton. En à peine de lignes pour le dire, on y voit la brigade anti-criminalité en planque, une jeune Roumaine « très légèrement vêtue », des automobilistes disposés à s’arrêter… Pour la patrouille, aucun doute : « racolage actif ». Je ne résiste pas à recopier la suite : « Les policiers ont ensuite suivi une Mercedes dans laquelle la jeune femme était montée et ont attendu quelques instants avant de procéder à l’interpellation. Dans l’habitacle, une fellation était en cours… La jeune femme a été placée en garde à vue et le client, un Francilien, auditionné. » (Paris-Normandie 18.06.09).

Interpellation, habitacle, fellation, Francilien, auditionné… cinq chefs-d’œuvre ! Quant à l’interruption, c’est sans doute le plus déplorable de l’histoire.

Mes petits écrits n’ont d’autre but que de parler de Rouen, d’en confronter passé et présent, accessoirement d’y mêler mon grain de sel. Inutile de dire qu’en l’occurrence je ne me suis pas foulé. Dans Mademoiselle Bambù, le héros renonce à trouver l’assassin fameux. Du côté du port ou ailleurs. Les assassins, dit-il, ne sont que des chimères. Et que les policiers qui sont dominés par l’imagination « sont de mauvais policiers ». Qu’enfin, Bambù (ou Hartmann), ne sont que « des sommes d’individus ou de paysages ».

Et Helena la jeune Roumaine de la rue St-Jacques ? Sortant, au matin, du commissariat de la rue Brisout de Barneville, à quoi pensait-elle ? A rien. Ou plutôt si. Là le roman recommence : « Après le vieux pont métallique, elle aperçut la silhouette de la gare qui, au loin, émergeait de la brume. La rue était silencieuse et déserte. La grande façade était comme une promesse de cigarettes, de café crème, de croissants… Helena avait froid, aussi froid qu’autrefois à Baia-Mare… (à suivre ?) »

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