CXXIX.

Sixième épisode pour la place de l’Hôtel de Ville, ce, attardé à l’intérieur du bar-tabac Le Saint-Ouen. J’y ai connu Carabine, ancienne clocharde dont il faudra dire l’histoire, et j’y ai rompu, un dimanche soir d’orage, avec V***. Au vrai, en dehors des expéditions tabagiques et d’un verre en passant, le lieu est (était) surtout pratique pour un rendez-vous : « On se voit où ? Au Saint-Ouen ? » Pas d’explications. On savait que là, vu le cadre (hier, aujourd’hui) on ne s’attarderait pas.

Mon portrait de la place serait incomplet si j’oubliais, à deux pas, traversé le rue de la Croix-Verte, vers la rue des Faulx, l’étrange, étroite et haute maison à pans de bois. Ce fut longtemps la boutique d’un cordonnier, comme il en avait tant et comme il n’y en a plus (qui fait ressemeler des chaussures ?) Ce bouif là avait pour attraction supplémentaire d’être le locataire (et non propriétaire) d’un magnifique chat siamois qu’enivrait, c’est assuré, les odeurs. Cuir, colle, vernis.

Que faire d’autre, pour boucler le tour, qu’évoquer le grand bâtiment devenu supermarché et qui, durant trois décennies sinon quatre (à vérifier), fut la Maison des Jeunes. Et unique, ici, ultime tentative, le siège d’un centre d’art contemporain, fantaisie d’un Lecanuet converti sur le tard.

Dans la première il y eut longtemps tout ce qu’on trouvait dans ce genre d’institution, cours de guitare sèche, club d’échecs, atelier danse… à l’intention d’une jeunesse aux rêves résignée. Plus tangible, le rez-de-chaussée abritait un restaurant communautaire, le « restau de la Maison des jeunes », seul endroit, en dehors des cantines universitaires, à des prix sans concurrence. Pour les jeunes générations (rêves d’insurgés !) j’indiquerai qu’en ces temps magdaléniens n’existaient ni self, ni fast, ni kebab. Pour 1,15 F c’était carottes râpées, hachis Parmentier et petit suisse. Tout ça pour dire…

L’art contemporain vint lorsque lassèrent guitare, échecs et danse. Fin des années Soixante-dix. Dans mon souvenir (de nouveau, à vérifier) ce centre est lié à l’un des enfants de Jean Lecanuet qu’il fallait bien caser (direction, conseil ?). Plus certain est le rôle que joua, ici, comme responsable, Serge Perkowsky, personnage attachant pour qui aime le pittoresque et ne craint pas l’abondance de projets. Ce n’est pas ici le lieu, mais le rouennais centre d’art mériterait un récit détaillé. Qu’en fit-on, qu’y vit-on, pourquoi cessa-t-il de plaire… toutes questions, c’est à parier, dont les réponses auraient un douloureux parfum d’actualité.

Fermé en 1996 (le quantième a son importance) le centre redevint un immeuble bon à céder aux promoteurs. Chose dit et faite pour des logements et un rez de chaussée voué à l’épicerie. D’Andy Warhol à sa boite de soupe, en quelque sorte.

Ce tour de place s’achève. Je suis revenu au point de départ, au Café de l’Hôtel de Ville. Au travers de la porte vitrée j’observe le va-et-vient de la station des tramways, les bagnoles tournant autour de Napoléon ; on attend le 2, le 10 ou le 6. Au fond du bar, la patronne feuillette le journal et tournant, marmonne : « Alors, qu’est-qui fait, aujourd’hui, Poustiquet ? »

2 Réponses à “CXXIX.”


  • bonjour
    j ai connu serge perkowski quand j etait enfant j ai aussi connu sa fille iseult j aimerai savoir si il existe encore des exposition de serge et où amicalement peut etre se souviendra t il de moi nous habitions Cailly a l epoque merci

  • Serge expose à Deauville rue de l’Avenir dans la galerie du même nom.
    Je lui parlerai de vous lorsque je le verrai

    cordialement

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