CXXVIII.

Ce qui reste de la place de l’Hôtel de Ville, cinquième fois. On longera la mairie sans s’y arrêter, à moins – rattrapage – d’évoquer les « grandes salles du conseil », ancienne et nouvelle. Celle « d’autrefois autrefois » ressemblait (c’en était quasi la réplique) à la britannique Chambre des Communes. La nouvelle a une allure d’hémicycle feutré d’organisation internationale. Du bois élisabéthain et des vitraux victoriens, on est passé au bronze et au marbre gris. Ne manque que la fresque de José-Maria Sert. Il paraît (est-ce vrai ?) que l’ancienne salle existerait toujours, masquée par les panneaux de la nouvelle. Possible. Si cette « nouvelle » salle est déjà ancienne, l’ancienne, à supposer qu’on la déterre, apparaîtrait comme nouvelle. Bref, c’est bien Rouen.

Autre attrait de cet auguste lieu, plus pour longtemps, les archives. Troisième étage, repaire, forteresse, dernier endroit où la recherche vaut encore la peine. Entendez qu’on y est toujours récompensé d’avoir persisté. C’est le purgatoire, sa durée, sa ferveur. Ici aucune séduction, rien de contemporain, tout y baigne dans une eau sans âge et sans nécessité. Tout s’y vaut. Et ultime raison, sans la lourdeur universitaire dont il est bon d’user dans tout dépôt « qui se respecte ». Mais c’est assez pour cette adresse. A la galvauder on n’y intéressera des gens qui n’auront de cesse de la déménager, donc de la détruire.

Quitté le péristyle, traversant l’immonde place aux jets d’eau, on s’épargnera d’arpenter le cloître de St-Ouen. Ce rocher moussu d’où, comme aux Petites-Dalles, la mer s’est retirée, doit être considéré pour ce qu’il est : une promenade dangereuse. Mais regrettons la suppression, il y a longtemps, du « passage de la mairie ». En un raccourci bruyant (portes claquant à tous vents) mais fort pratique, on allait de la place au jardin. D’un trait. On s’y attardait aussi, ne fut-ce que pour les publications de mariages, lecture oiseuse, mais souvent instructive.

A propos de la mairie, de ce couloir et de ses environs, une autre suppression, celle du bureau de poste. Encore un lieu de mémoire qui mériterait ligne sur ligne. Télégraphe, téléphone public, mandat… en un temps où c’était indispensable, et dans un décor d’époque, avec guichet grillagé, fonctionnaires en blouse et accueil à l’avenant. Il m’en reste l’odeur de tampon encreur, de vieux caoutchouc et de la bakélite surchauffée. Mais c’est un rêve, peut-être.

A l’abbatiale vide (on va bientôt y entreposer des chevaux), préfèrerons le bar-tabac Le Saint-Ouen. Encore des souvenirs. Avec celui de la gare, ce fut longtemps le rare tabac du dimanche. Sait-on encore ce que c’était que d’attendre l’ouverture pour un paquet de Fontenoy, de Lucky Strike, de Players ? Le sort d’un monde en dépendait ! Monde qui disparaît si j’en crois le vécu de nos actuels fumeurs, lesquels ne fréquentent plus le Saint-Ouen (La Cascade me dit-on, un peu plus bas). Plus personne ne fréquente le Saint-Ouen ? Façon de parler. Ne fréquente plus ce Saint-Ouen « là ». C’est l’autre qui importe, l’ancien. Et dont l’histoire s’écrira. Alors que celui-ci, celui d’à-présent… Enfin, bref, à suivre.

0 Réponses à “CXXVIII.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......