CXXVII.

Place de l’Hôtel de Ville, épuisement des lieux, quatrième. Passé Le Château d’Eau et la rue nommée Louis-Ricard (il fut en son temps ministre de l’Intérieur ou de la Police, c’est tout comme) le seul chemin à suivre est, d’un trottoir l’autre, celui menant à ce qui était autrefois le commissariat central, autrement dit « là où ça se passait ». Il y a déjà pas mal de temps les lieux ont été transposés rue Brisout de Barneville, autrement dit là « où plus rien ne se passe ». Annexée par de vagues services municipaux, l’adresse actuelle dépasse le cadre de cette chronique.

Le « central » de la place de l’Hôtel de Ville était un des nerfs à vif de la cité. De la simple convocation à l’interrogatoire plus prenant, ce « Quai des Orfèvres » local baignait dans l’atmosphère idoine. Il suffira d’ouvrir un polar des années Cinquante au hasard…

J’ai le souvenir d’avoir passé là cinq ou six heures pénibles. C’était au temps de la guerre d’Algérie. Fin 1957, moment où j’avais eu l’imprudence de traiter légèrement le fait d’avoir « rendu service » à la « cause algérienne ». La police (plus qu’elle, les Rg) avait eu vent que mon imprimerie servait, occasionnellement, au tirage de diverses publications de la Fédération de France du Front Libération Nationale. Rien de méchant, mais tout de même. Après perquisition (où l’on ne trouva rien, n’étant pas si bête et prévenu) j’eus droit dans les locaux à un épisode des « Cinq dernières minutes ». Je m’en tirais tant bien que mal, jouant l’andouille de service, ne trompant personne.

La chose, six mois plus tard, aurait prix un tour plus musclé. Après août 58, en effet, le FLN décida d’ouvrir un second front en métropole. On vit l’attaque de dépôts pétroliers au Havre, à Quevilly, et surtout un attentat contre ledit commissariat avec fusillade nourrie de part et d’autre ; à noter que l’engin, lors de son désamorçage, explosa tuant et blessant plusieurs policiers. Ça c’est de l’histoire. De la vraie. Mais de la guerre d’Algérie et de Rouen, il y aurait à écrire. Beaucoup. Sans doute trop ou pas assez, c’est selon. Moi, dans tout ça…

C’est assez pour ces lieux où je ne suis jamais retourné (oui, en 69, afin de porter plainte). Pour la présente évocation, ils alourdissent la promenade. Passons plutôt devant les arcades de ce qui fut autrefois la caserne des pompiers (et plus loin dans le temps, la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville), passons pour n’en rien dire sinon qu’elle servit un soir, les pompiers aussi transférés, de salle pour un dernier concert, à l’occasion d’une fête de la musique, qui plus est, un concert de musique contemporaine des moins abordable. Ce fut, en 1982 ou 83, il faudrait vérifier.

C’est à ne pas croire ! Comment sortant d’un tapis de billard où ricochaient autant de billes, passer de la Wilaya II à Stockhausen ? D’un trottoir l’autre, quelle mémoire ! Non pas dans le quantitatif ou le qualitatif. Non, dans l’improbable. Enfin, bref, à suivre.

2 Réponses à “CXXVII.”


  • la salle au dessus de la caserne des pompiers (maintenant salle du conseil municipal ?)servait pour les sessions d’examens officiels-type propédeutique-L’ambiance de la place de l’hotel de ville s’en ressentait aux beaux jours!

  • Louis Ricard n’a jamais été ministre de l’Intérieur

    A été Garde des Sceaux et ministre des cultes en 1892 du temps de Panama… (sinon maire de Rouen, et surtout longtemps, député de la même Ville)

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