CXXVI.

L’Hôtel de Ville et sa place, troisième. Attardé au Parti communiste par faiblesses de cœur, j’ai oublié, au 31, cette institution populaire, restaurant ouvert après l’époque qui nous occupe, Le Napoléon. Ce rendez-vous du midi, petits prix et excellente cuisine, fut, vingt ans durant, la cantine de beaucoup, entre autres des journalistes de Paris-Normandie. Du moins de ceux qui restaient assez solides pour faire de copieux déjeuners (car pour le reste…). Lassé par la défaite ou attiré par la retraite, Le Napoléon à vécu son Waterloo, remplacé par on ne sait trop quoi de plus branché que le pot au feu ou le veau en cocotte.

Traversé la rue Thiers, passé la curieuse maison de biais du nom de Vandewalle, admirant au passage l’indestructible épicéa, se voyait, au 43, le siège d’une église évangéliste devenue à la longue, comment le croire, vu l’affluence, trop petite. C’est à présent un marchand de pianos. C’est à n’y rien entendre.

Puis, un bel immeuble de pierre, et, au 17, une maison en arrondi à l’architecture ornementée, style d’avant Hausmann. Vestige romantique à la Balzac, avec œil de bœuf, porte à grille, fenêtres à petits carreaux, maison mystérieuse, là où on aimerait vivre si on n’était pas ce que l’on est. Ou quelque chose d’approchant.

Au rez-de-chaussée, autrefois le siège de Dactylocation, à savoir une boutique où l’on pouvait louer des machines à écrire. Les jeunes générations reliront à deux fois. Oui, ça aussi, comment le croire, on louait des machines à écrire. Pas cher, avec caution. Pour quoi faire ? Pour écrire des romans ou gagner sa vie (l’un jamais avec l’autre). Gagner sa vie, c’était apprendre « à taper » ou (et) faire des enveloppes, du courrier, des thèses d’étudiant… Petits métiers comme il y en eut tant et comme il n’y en a plus.

C’est devant ce 17, qu’un soir, je m’attardais dans une benne à travaux remplie d’une liquidation d’appartement. Là, parmi vêtements, bibelots, albums de photos, liasses de papiers d’une vie défunte, je mis la main sur un album de timbres postes. Autant la philatélie m’indiffère, autant ma trouvaille, portée chez un marchand, me rapporta une jolie somme. Mais aussi un remord perpétuel, celui d’un héritage sans droit.

Traversé le carrefour de la Seille et du Petit-Porche, on aborde à un restaurant martiniquais, succédant il y a quelques temps déjà à une énième pizzéria. Vient ensuite ce grand mur formidable, vestige curieux, que flanque une jolie maison bourgeoise. Il y a là entre ces trois éléments une sorte d’accord magique qui érige le tout en lieu rare, singulier, pénétrant.

Enfin arrive, pour vieux Rouennais et Rouennais vieux, l’ex-Château d’Eau. Adresse connue durant des décennies, cent ans pas loin. Particulièrement dans ma jeunesse par les amateurs de billard, qui, réunis à l’étage, claquaient l’ivoire. C’était alors un grand café à l’ancienne, murs blancs, glaces à cadre dorés et luminaires d’un autre âge. Déjà miteux par ailleurs puisque tout cela datait du temps d’un arrière grand-oncle dont la légende familiale voulait qu’il ait été ici garçon de café. C’était en 1903, et… Mais le Château d’Eau, à lui seul, mériterait une chronique. Plus loin ou ailleurs. Enfin, bref, à suivre.

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