CXXV.

La place de l’Hôtel de Ville, ce qu’il en reste, deuxième épisode. Pour épuiser les lieux, on doit se souvenir qu’il y avait, tournant l’angle avec la rue de l’Hôpital, un grand café, L’Union, dit autrefois L’Union nationale, devenu O’Kallaghan. Ce lieu, aujourd’hui prisé des locaux, le fut aussi jadis, mais pas des mêmes. A peine commencé, ce fil se casse. Car avant L’Union, le premier de l’angle, c’était Le Café de l’Hôtel de Ville. Café en longueur, de guingois, plus populaire, fréquenté par les conducteurs de tramways et les ouvriers du journal d’à-côté. Également par des désœuvrés attendant un bus. Et d’autres. Tous lecteurs ou acteurs des romans de Georges Simenon. Par la suite (quelle année ?) ce Café de l’Hôtel de Ville devint pizzeria, puis fut avalé par le désormais O’Kallaghan.

Passé le hall de Paris-Normandie, on est (était) au numéro 19, l’hôtel particulier des Lafond, propriétaires du Journal de Rouen. En 44, leurs biens échurent aux sociétés montées par les Résistants. Ces derniers, on le sait, rétablissaient « les institutions ». Signalons avant le hall, au n° 15, la vitrine de Lamy-Trouvain, pompes-funèbres. La place fut longtemps (toujours) le siège des Roblot, Pompes Funèbres générales, Surget… autres institutions à proximité des services de l’État-civil. D’où aussi la présence, à trois pas, d’un bar à l’enseigne de La Consolation, lui aussi disparu. Un verre aide à supporter le chagrin.

Au 19, se voyaient autrefois des bâtiments occupés par une brosserie, remplacés aujourd’hui par un imposant immeuble sans style, sans grâce, sans rien. Puis viennent, en retrait, d’amusantes maisons particulières (dont celle de l’architecte Guerrier) et surtout le siège du Parti Communiste Français. Ses derniers militants sont, du reste, les rares à animer la place avec banderoles, drapés nationaux et dépôt de gerbes devant leur monument commémoratif. Leur monument à eux, pas « aux autres », ceux d’en face.

Surtout, il y avait là (mais de quelle époque parle-t-on ?), chaque jour, l’exposition sur les grilles de l’édition fraîche de L’Humanité. Pour qui voulait savoir ce que Thorez, Waldeck-Rochet, Marchais avaient dit et pas dit, ce que Khrouchtchev, Kossyguine, Brejnev diraient ou pas, c’était là, gratuitement, librement. Et aussi Pif le chien, la météo illustrée par Effel (« Quel temps fait-il M. Nuage ? »), les morales de Madeleine Jacob, les errements de Pierre Daix, les pitreries d’Aragon… Comme dit Carabine : « Ça parle au cœur ! » Je sais de quoi et de qui, ayant un temps, pas long, donné (à mon âge, c’est dans l’ordre des choses).

Un beau jour, l’exposition de L’Humanité cessa. Du temps des Réformateurs ? Probable. D’où la disparition du Parti dans le paysage politique français (car enfin…). Il est injuste d’en accuser Mitterrand ou « la chute du Mur » : la raison de cette disparition, c’est avant tout et pour tout, l’arrêt de l’affichage de L’Humanité, à Rouen, à la grille du 33 de la place de l’Hôtel de Ville. Rien d’autre.

Nous voici déjà rue Thiers (il n’y en aura jamais d’autre). Oublié quelque chose ? Probable. Retour, donc. Enfin, bref, à suivre.

1 Réponse à “CXXV.”


  • Passerez-vous rue Beauvoisine?L’école des Lettres ,le livre d’or,les épiceries …

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