CXVII.

Dans son courrier des lecteurs, Paris-Normandie publiait, le 1er novembre dernier, une lettre sur la bibliothèque-médiathèque. En haut de colonne, un titre attirait l’œil : « Rouen, ville barbare ! » A la signature, Patrice Quéréel, personnage qui sait faire parler de lui, généralement à mauvais escient. Entendons-là qu’il mérite mieux que la condescendance locale à laquelle il donne trop souvent prise.

Mais là n’est pas le propos. La présente Philippique (terme savant) pointait l’absence (de fait, permanente) de bibliothèque digne de ce nom. Dans la foulée, la lettre (si longue qu’elle fut coupée à divers endroits) dénonçait la désinvolture avec laquelle les municipalités successives ont traité, et traitent aujourd’hui encore, la question.

Du début (Dieu sait qu’il remonte au Déluge !) les municipaux auront tout raté : fermeture du bâtiment, construction de l’autre, attentisme, revirements, palinodies… on aura assisté à un immense gâchis, et au final, abouti à la destruction de ce qui était le principal : le lectorat.

Patrice Quéréel rappelle ces évidences, à savoir qu’on ne saurait fermer une bibliothèque sans offrir son équivalent ; on ne saurait mépriser ses lecteurs plus qu’on ne l’a fait ici ; qu’enfin on ne saurait être plus blâmable sur un sujet qu’une « ville d’art et d’histoire » se devait de privilégier.

Et d’argumenter : « … ce qui compte surtout, ce qui est capital, ce qui fait qu’une bibliothèque est une bibliothèque, c’est qu’on puisse accéder au livre. Moi, je me fous du lieu, de toute manière j’irai. Je me fous de la forme du bâtiment, de toute manière, j’irai. Mais ce que je veux, c’est pouvoir me repaître de signes écrits posés sur des pages. » Tout est dit. Sa conclusion s’impose : « Personne de s’agiter à Rouen, ville inculte ! ».

Ce n’est pas sans honte qu’on voit nos présents édiles s’enorgueillir de Gustave Flaubert, auteur cité à tous propos, hors de propos, histoire de l’enrôler à l’appui de leurs méfaits. Hélas, la statue de bronze est à terre, brisée, méprisée, laissée au plus offrant. Que vive le grand cadavre pour le meilleur du virtuel érigé en nouvelle espérance de nos lectures.

Mais aussi, surtout, dans ce débat, comptons pour rien les anciens municipes, battus d’entre les battus. Ils sont autant fauteurs et complices du désastre. Ils n’ont aucun mérite à avoir aujourd’hui raison. Ils ne partagent en rien notre malheur : ils en sont la cause.

Que pense le signataire de la désespérante lettre de novembre des derniers développements offerts sous l’impayable sigle R’N’Bi ? Que pense-t-il des 36.000 volumes livrables « dans la bibliothèque de votre choix », trop fameuse « bibliothèque invisible », si bien nommée qu’elle devrait, d’invisible, le rester. Et que pense-t-il de la résolution – assurément définitive – de ne pas rouvrir le prêt à domicile à partir de Jacques-Villon ?

Comme tant, il n’en pense rien. Ou alors trop de choses. Un lecteur est seul, hors du temps, hors du lieu. S’il lève la tête de son livre, il ne voit qu’un brouillard nimbé de gris et de blanc d’où émergent, ça et là, les ombres et des bruits étranges qu’il lui faudra, à regret, rejoindre.

0 Réponses à “CXVII.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......