CXV.

Dans une des dernières chroniques, ont trainé André Renaudin et son Océanic Bar. Une relecture s’imposait. Curiosité : c’est notre Ange bleu rouennais, le scénario étant sensiblement le même. L’Océanic Bar, lieu mythique, c’est le cabaret L’Ange bleu ; Minou, c’est Lola ; Krobs c’est Unrat… tout à l’avenant, sauf l’épilogue. Pour le reste, ça ne vaut guère, un brin mal bâti, des passages attachants, des détails pittoresques, une atmosphère, mais enfin…

A mi-récit, l’histoire bifurque et l’auteur oublie l’Océanic Bar, la rue de la Savonnerie, le port, les matelots… il concentre le récit sur Krobs le collectionneur de fers forgés. C’est alors l’évocation des trésors amassés par Henri Le Secq des Tournelles. Entre sa danseuse et sa collection, Krobs, amour pour amour, choisit la seconde. Son dernier geste sera de laisser sa ferraille à la Ville de Rouen, à charge pour elle d’ouvrir un musée.

Au vrai, Renaudin bâcle le récit, allonge l’agonie de Krobs, laisse en plan ses personnages, les expédie sans qu’on sache ni quoi ni ou. Défauts qu’avait vu Roland Dorgelès qui dans une préface à la première édition (y en eut-il d’autre ?) trouvait le roman imparfait, surtout ajoutait-il « dans la composition ».

A vérifier, on constate que le film de Sternberg est sorti en France en juillet 1930, l’édition du roman de Renaudin datant de la même année. Qu’en pensa Renaudin, amateur de cinéma ? Les connaisseurs savent que le film s’inspire, pour le scénario, de Professor Unrat d’Heinrich Mann, roman paru en 1904 et traduit chez Grasset en 32. Qu’à conservé Sternberg de l’histoire ? Renaudin avait-il lu Mann ? En allemand, langue qu’il ne parlait pas ?

Une réédition récente, dans les Cahiers Rouges, avec une nouvelle traduction, est sous clef, bien cadenassée, à la bibliothèque Jacques-Villon (cote P-15793-2). A voir, ou plutôt à lire. Cela nous éclairerait.

Enfin, façon de parler. Car de la bibliothèque, on connaît les derniers avatars voulus par la municipalité. Ça n’est pas demain qu’on lira Professeur Unrat. En lieu et place, un nébuleux « réseau » au sigle niaiseux (R’n’Bi), des aménagements de façade, de la décoration d’envergure, un logo (important ça, un logo)… Et aussi – surtout – la parution d’un trimestriel coloré. Pour faire quoi ? Comme d’habitude, pour communiquer, pour vanter sur papier ce qu’on ne fera pas sur le terrain. Bref, pour évoquer le réel plutôt que le vivre.

Autant l’ancienne municipalité promettait monts et merveilles, autant la nouvelle se limite à l’enrobé des convictions. Elle s’applaudit ainsi d’offrir la gratuité aux lecteurs ; manquerait plus de payer pour des bibliothèques fermées ! Dans le même temps, hasard ou concordance, va se mettre en place, sous peu, une association de lecteurs et d’usagers. On a commis à la tache un universitaire de stricte obédience. Rouen seule a le secret de pareilles audaces.

Qu’en sera-t-il des acquisitions, de la mise à disposition des livres, des horaires, seules choses au final qui importent à qui aime lire ? Dans Océanic Bar, un personnage dit à un autre : « Ce sera pour une autre fois. Nous prendrons rendez-vous. Nous avons le temps, n’est-ce pas… » Comme quoi, parfois, les vieux auteurs…

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