CXIV.

Ma déambulation me conduit à longer le quai du Havre pour aboutir, plus tôt que je ne croyais, au boulevard des Belges. Laissant après moi les multiples souvenirs, je reprends mon équilibre devant ce qui était autrefois Le Café des Belges et qui semble ne plus l’être, ou si peu. 

Lassé du périple des « quais bas » rénovés à l’intention de déambuleurs (inconnus au dictionnaire) d’un autre temps, je décide de remonter le boulevard, ce qui réclame une constance certaine. Bagnoles, deux roues, poubelles, détritus, mobilier urbain… tout indique la fin d’un temps et d’un lieu. Ou plutôt on entre ici dans un non-lieu et un non-temps. Ces quelques mètres sont le portail d’un Enfer. Celui-ci est autoroutier et assourdissant. C’est la pénitence terrestre des simples piétons ou des pauvres oisifs, misérables mortels qu’on charge d’être les témoins des Derniers Temps : ceux de l’automobile. Constatons que ce dernier acte traine en longueur. 

Cette portion de ville mène à la déprime ; dès que possible je traverse le flot, pensant emprunter la rue Duguay-Trouin pour voir ce qui reste du Cirque Franconi. Un froid soleil éclaire les faux platanes et ce qui reste des jolies façades des premiers numéros impairs. Je pousse jusqu’à ce qui était autrefois, au 29, l’Hôtel Albert Ier,  aujourd’hui L’Ibiza-Club, à tout prendre l’antre d’un autre diable pour filer la métaphore. 

Il paraît que la nuit profite aux lieux. A cette heure matinale, c’est désert et fermé. Évidemment je ne retrouve rien de ce qui fut, à une courte époque, un des hôtels-restaurants les mieux lotis de Rouen. J’y ai un souvenir précis, celui du repas de communion dite solennelle de la petite Martine G*** ; cela remonte à l’an Cinquante-neuf ou Soixante. Une fiesta (mot espagnol) comme seuls pouvaient en offrir des commerçants bien lotis (ils l’étaient tous alors) et dans le respect des sacro-saints usages rouenno-rouennais. 

Qu’est devenue Martine, sa mère, son père, les familles alliées, les T***, les P*** tous ayant pignon sur rue dans le commerce de la chaussure ou de la lunette ? Aucune idée. Mariée ou morts sans doute. L’amusant c’est que, je le constate en lisant les prospectus d’entrée, L’Ibiza-Club organise désormais des soirées karaoké, mais aussi des « enterrements de vie de jeune fille »… voilà qui remplace, avec avantage, les premières communions. Ce que c’est que l’adaptation ! La publicité indique également que l’immeuble n’est autre que « l’ancienne résidence d’Albert 1er, roi de Belgique ». C’est aller vite en besogne. Celui qu’on surnomma « le roi-soldat » ne mit jamais les pieds à Rouen et résida, la Grande-Guerre durant, à Sainte-Adresse. Pas grave, et pour ce que c’est faire… 

Donc, en mai de cette année lointaine, la petite Martine reçut pour la première fois le Seigneur sous la forme consacrée. En avons-nous bu du champagne pour l’occasion ! Comme peut-être les princesses d’aujourd’hui en boivent (vu les prix, ça m’étonnerait) en attendant de recevoir… Quoi, au juste ? Elles ont, à l’âge oublié de la communion, déjà tout vu en la matière. A L’Ibiza-Club ou ailleurs. Énième ruse du Diable, sans doute. 

1 Réponse à “CXIV.”


  • A propos de ces fameux « enterrements de vie de jeune fille » : çà se fait beaucoup, en effet désormais, si j’en crois mes enfants.

    En tout cas plus de mariage sans préalable mise au cercueil festif de cette fameuse « vie de jeune fille » (et d’ailleurs aussi vie de garçon ; mais pas en même temps, évidemment)

    Même si ladite personne vit déjà en couple bien installé depuis plusieurs années.

    Mon aînée est ainsi invitée la semaine prochaine à l’un de ces joyeux enterrements. Il s’agit d’une copine à elle qui va certes se marier, mais partage la vie et l’appartement du même compagnon depuis six ans et a déjà de lui une charmante petite fille….

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