CX.

Du Rouen d’avant-guerre à celui d’aujourd’hui… Aussitôt, interrogation : quelle avant-guerre ? Dans ma première jeunesse, il n’en existait qu’une, celle d’avant 14-18. Venu l’âge adulte, ce fut l’avant-guerre, la seconde, celle de 39-45. Vrai que pour l’avant de la Grande Guerre, on n’en parlait pas. C’était : « avant la guerre ». Chacun comprenait. 

Aujourd’hui, on semble découvrir la Reconstruction, période fastueuse à plus d’un titre, et où là, réellement, on fit tout pour effacer ce fameux « Rouen d’avant-guerre ». Mythe sur mythe, on sait que le « tombeau de la Pucelle », la « patrie du grand Corneille », la« ville aux cent clochers » et le « quartier du port chanté par Mac Orlan » ne sont, ne furent, que des arguments pour touristes. 

Si le plat change, la sauce reste la même. Aujourd’hui, la municipalité s’échine à donner du sens à ce qui n’est que stratégie de tour-opérateurs. La nomenclature des visites guidées de l’Office du tourisme envahit d’un sentiment d’inutilité. Ça n’est pas que ce soit de la honte ou du ressentiment, non, c’est que « c’est pas la peine ». Leurs guides-conférenciers (à soi déjà un programme) tendent des miroirs où ils se regardent et s’admirent d’être. 

Il ne reste du Rouen d’avant-guerre que des photos. Et à résumer, celle des ruines du quartier des Charrettes, avec au centre, le mur effondré du Stockholm Jack Bar. La Raf passée, Mac Orlan (remisé à St-Cuy sur Morin) ne chanta plus les quais, les docks, la Fille de Londres, Mademoiselle Bambu, ou les matelots suédois. 

Pour qui aimait les aventures à risques, de ces derniers, quelques uns zonaient encore, il y a peu, rue Duguay-Trouin, au Foyer du marin. Rencontres nordiques ou yéménites… j’en parle en connaissance de cause, venu parfois (pas si rarement) y seconder l’ami Marc, bénévole d’entre les bénévoles, chrétien trop convaincu d’accueillir et de secourir. 

Les lieux ont changé. Les présents matelots sont Philippins ou Chinois. Ils boivent du Coca Light et veulent téléphoner « à leur famille ». Quel Pierre Dumarchey irait rêver là-dessus ? Encore que… Des camarades de mon neveu m’assurent qu’il est toujours précieux de se munir de préservatifs et qu’un cargo koweitien à capitaux coréens et matelots malais dégage autant de trouble qu’un récit de Conrad. Mystère des imaginations. 

Mais assez là-dessus. Autre chose : avant l’oubli, deux mots sur Michel Mannschott, disparu au début de ce mois de mars. Dans les années Soixante, une boutique, tout au bout, tout au bout (oui, deux fois) de la rue des Bons-Enfants. Un local minuscule avec photocopieuse, massicot, rames de papiers, Letraset… et un gros garçon timide, toujours suant, soufflant, un peu fébrile, s’activant à reproduire, reproduire, reproduire (oui, trois fois). Il fut l’homme d’un temps où n’existait ni scanner, ni Internet, ni Pdf, ni fichier joint… où déjà une « Ibm à boule » était un luxe, où faire de la publicité ou de la reprographie demandait du temps et de la réflexion. C’était quand ? Il y a longtemps. Du temps de Michel Mannschott, c’est tout vous dire. 

1 Réponse à “CX.”


  • On a un peu l’impression, en vous lisant cette fois, que vous faites le procès…de l’imagination !

    Il en faut en général beaucoup, dans les villes – et pas seulement à Rouen – pour déambuler avec plaisir dans un paysage urbain souvent banalisé par les adaptations au mode de vie actuel.
    C’est le cas à Athènes par exemple ; ou à Londres lorsque l’on se promène dans les docks remodelés récemment (très hauts immeubles high tech, etc) : si au même moment on superpose dans sa tête les descriptions de Dickens, on éprouve alors un double bonheur à s’y promener

    Superposer le passé et le présent (ce qu’a fait Proust ; ce que…vous faites souvent vous-même) = « collision » fructueuse culturellement et émotionnellement, non ?

    Par ailleurs je vous trouve dur (méprisant ?) envers les guides-conférenciers. La majorité d’entre eux – des dames d’ailleurs ! – sont à ma connaissance des gens sans aucun ego surdimensionné, et connaissant finement Rouen. L’une d’elles peut, par exemple, évoquer et citer finement non seulement Pierre mais aussi son frère Thomas lorsqu’elle fait visiter la rue de la Pie ou le musée de Petit-Couronne. Elle connaît bien, entre autres, « Le charme de la Voix », une oeuvre de Thomas Corneille que Le Mouvement Corneille, dont elle est membre actif, vient de faire don au musée de Petit-Couronne. J’aurais d’autres exemples du même positif « tonneau », concernant les guides-conférencières…

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