CIX.

Carabine, mon aide-ménagère (ou prétendue telle), se débarrasse chez moi de ses vieux Point de Vue. C’est sa façon d’accéder au recyclage papier. Un feuilletage léger (mais consciencieux) me donne des nouvelles de vieilles cousines. J’apprends que Fabiola de Belgique est hospitalisée (état sérieux, mais stationnaire), que la reine d’Angleterre va mettre un frein à ses obligations, et qu’enfin Caroline de Hanovre « n’est jamais plus heureuse que sur le terrain »… bref le monde comme il va. En revanche, ma génération m’empêche d’être en phase avec Victoria, Mary ou Alexandra qui les ruinent en étrennes.

Idem pour d’autres nommées Gemma Asterton, Isis-Colombe Combréas, Zelda Sayn-Wittgenstein, Fleur d’Andleu, ou Elletra Rosselini-Viedemann… On notera mon souci d’esthétique dans l’assemblage de ces noms, souvent suivis, emmêlés, sinon sertis de ceux de Givenchy, Dior, Escada. Ou encore Ruinart, Boucheron, Baccarat.

Misère ! (façon de parler) qui sont tous ces gens-là, que font-ils, où vont-ils ? Comprenne qui voudra : je lis Point de Vue comme d’autres lisent Frédéric Nietzsche, le philosophe du renoncement.

Hélas, jeudi 12 mars, on me traîne au Musée des Beaux-arts pour l’inauguration de Japon illustré. Foule des grands jours, tuerie devant le buffet (Cirette et ses poissons rouges), parlottes et gracieusetés rouennaises. La corvée.

Laurence Tison, adjointe à la Culture, me fait toujours une impression curieuse ; j’ai le sentiment que ce n’est pas elle – je veux dire l’adjointe à la Culture. Il me semble que Laurence Tison est en retard ou excusée, et que c’est son assistante qui officie. Dans son discours, une perle : la dédicace de l’exposition à un gardien du musée, récemment décédé. C’est là qu’on montre qu’on est de gauche : on n’oublie pas le personnel. Laurent Salomé, frêle directeur, n’est pas en reste, qui, maîtrisant mal son émotion, salue la mémoire de la secrétaire des Amis des Musées, elle aussi, comme le gardien, partie dormir tranquille. Rouen n’est qu’un village et nous sommes tous cousins.

Et le Japon ? Je m’attendais à redécouvrir les collections de la ville et à retrouver leurs richesses. C’était la promesse. Or quoi, on fait queue pour pénétrer dans deux salles lugubres où sont accrochées – au raide millimètre – une cinquantaine de sages estampes. Ce ne sont que vilains cadres sur un fond voulu vert céladon (il l’est, mais la matière du revêtement est atroce), des cartels en forme de notices de médicaments, une armure de samouraï en morceaux (elle était en pied dans le défunt Muséum) et quatorze poupées minuscules posées sans rime ni raison. Sous un éclairage quasi chirurgical, cela frise le bloc opératoire. De fait, ces geishas illustrent les pages du calendrier offert par les laboratoires. Je sors.

Dehors, sur le grand escalier, s’attardent la jeunesse du village. Chacun chacune, portable en main, pianotent à la lueur dansante des lucioles bleues. « T’es où » « On fait quoi ? » « Pourquoi tu mens ? ». Devant moi, une jeune cousine, sac en bandoulière et pantalon informe, brandit un magnifique vrai poireau qu’elle a enroulé dans son invitation. Au fait, sur celle-ci, c’était quoi l’illustration ? Ah, oui : Beautés des maisons vertes accoudées, au printemps. Je rentre.

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