CV.

Retour sur archives. Un vieux découpage. Paris-Normandie, début février 2007, page des inhumations, mort d’Yvon Pailhès. Comme lecteur, rouennais et expert, je m’attendais à une nécro d’usage. Ni trop, ni pas assez, une politesse. Or, rien. Choix, oubli ? Manque de connaissance, de temps ? Mieux que quiconque, je sais que le journal qui importe n’est pas celui du jour, ou d’hier, mais celui de demain. Le fait est là, la mort d’Yvon Pailhès n’aura donné lieu à aucun hommage. En lieu et place, le lecteur eut deux papiers avec photo d’un autre, un « gars de l’atelier », enlevé à la camaraderie, à l’affection de sa famille, amis et collègues. Rien à redire.

A la réflexion, n’y a-t-il pas, cercueil contre cercueil, une sorte de vertige à voir préférer (car il s’agit bien de ça) celui de Bernard à celui de Pailhès ? Je sais, mieux que beaucoup, que Pailhès ne valait pas grand chose. Comme homme, comme journaliste, encore moins comme vrai-faux historien local. Il ne fut qu’une « signature » rappelant, en phonétique, celle de Pailhès son père. Ce dernier (1883-1960) amusa plusieurs générations de consternantes gaudrioles (En cinq secs, Aïe vos cors ! Gontranades en vers et contre tous…). Le fils, héritier sans talent, se mut (verbe mouvoir) dans les années Cinquante et Soixante, lorsque le quotidien était populaire, acheté et lu.

On peut se dispenser aujourd’hui de rappeler le souvenir d’un Pailhès parce que ce nom « ne dit plus rien à personne ». Parce que le journal, finalement, est élitiste et peu lu ? Possible. N’empêche, je ne peux me résoudre à voir un Yvon Pailhès oublié. Pas seulement lui. Aussi André Renaudin, Gabriel Reuillard, Frédéric Mongenod, Jehan Le Povremoyne… tous noms illustres et minuscules, autant illustres que minuscules, et avec qui Rouen, un temps, compta.

Comme comptèrent (ou comptent) rues, maisons, boutiques, enseignes. Et aussi instants, fulgurances, moments d’intensité brève, ce qu’on nomme parfois, faute de mieux, des épiphanies. Ainsi, je me souviens, un soir d’hiver, il y a des siècles, des boutiques du passage St-Herbland. Pour qui à moins de quarante ans, c’était, traversant l’actuel Printemps, au bas de la rue des Carmes, un passage rejoignant la rue du Gros-Horloge. Un passage, un vrai, un vieux, comme à Paris. Là, un gantier, une librairie religieuse, un bijoutier nommé Royer, et, en étage l’École Pigier, là où on attendait les jolies (futures) secrétaires, bas coutures et rouge Revlon, descendants l’escalier dans la clarté jaunes des vitrines d’en bas.

Mais me dira-t-on : « Pailhès, ce n’était rien ». Oui, mais c’est ce « rien » que j’aurai aimé voir évoqué… Qu’une ville se constitue, siècles après siècles, de rues, de maisons… et de noms ainsi faits. Dès lors, un Rouen d’Yvon Pailhès, est-ce trop ?

A moi de m’y coller ? En quel honneur ? Enfin, allons-y, ici en trois épisodes. Comme une thématique de saison, lorsque les journaux, au ralenti cherchent de la matière. Ça ou autre chose… les crèmes de bronzage, les vacances de « ceux qui n’en ont pas », que faire lorsqu’il pleut, lorsqu’il fait chaud, les recettes de l’été… Il y aura donc le Tombeau d’Yvon Pailhès. A suivre.

1 Réponse à “CV.”


  • Jehan Le Povremoyne n’est pas vraiment oublié ; en tout cas il garde des fidèles, et en acquiert de temps à autre quelques nouveaux. Il a même été réédité. On peut trouver ou commander ses oeuvres en librairie, il me semble. Tant mieux, d’ailleurs
    NB : un collège de St Valéry en Caux porte son nom

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