CII.

On lit ça et là que Rouen est une ville désespérante. Ce n’est pas faux. Et le crier haut et fort évite de se fatiguer les méninges. Beaucoup en profite pour se reposer. Le renoncement, ça évite de passer pour complice. On acquiesce au pire, donc on fortifie sa croyance. Jamais de doute. Tout dans la certitude.

Mais ça n’est pas de ça dont je voulais parler. Devant mon clavier, j’avais l’intention de remettre au jour les Arcades. Quoi les Arcades ? Ce magasin de la rue des Carmes, aujourd’hui partagé entre le Flunch et la Pizza Paï (rien qu’à inscrire ces noms !). On y trouvait de tout, à bon marché, moins cher qu’au Printemps et qu’aux Nouvelles Galeries, dans l’équivalence de ce qu’était autrefois Monoprix, désormais presque chic.

Tenez, détail, on pouvait le traverser, entrer rue des Carmes, ressortir rue Croix de Fer. Pratique pour les rendez-vous. Vous me direz, c’est pareil avec Monop’ entrée rue du Gros-Horloge et sortie rue aux Ours (ou l’inverse). Mais pourquoi ça ? Où sont les adultères ? Plus de mari jaloux, plus de filature, plus d’hôtel de l’après-midi. Trucs de vieux.

Aux Arcades, il y avait une cafétéria. Juste à côté du rayon des disques, le Coca Cola y coûtait 75 centimes. Quelle mémoire ! Souvenirs précis, impossibles à dire ici. Ou alors avec des prénoms d’emprunt, des madame C***, madame L***, arsenal passé de mode.

Les Arcades ont fermé quand ? Fin des années Soixante-dix, je dirais, ou dépassées ? J’ai écumé le rayon disque à la liquidation, dont un enregistrement des Barcarolles de Gabriel Fauré par Jean-Philippe Collard. Sur la pochette, le pianiste semble avoir quatorze ans ; il en a à présent soixante et un (merci Internet).

Mes dévotions quotidiennes débutent par la lecture de Paris-Normandie. Ce jour, 12 février, entretien d’une étudiante réfléchie nommée Camille Pithoud. Que pense-t-elle de la ville désespérante ? « Je trouve dommage qu’il n’y ait pas de lieu culturel d’importance, installé en plein cœur du centre-ville. Un lieu que les associations rouennaises pourraient utiliser pour l’organisation d’animations ou d’expositions. » Hormis son « culturel » bien futile, Camille parle d’or. Elle réclame de l’espace et de la liberté ; c’est tout ce qu’il faut. « On a l’impression que la ville a peur de ses jeunes alors qu’ils sont un moyen pour développer l’organisation d’événements. » Ça, ma chère amie, on s’en fiche que la jeunesse soit un moyen de développer ; ce qui importe c’est que la ville désespérante ait peur de ses jeunes. Ça non plus, ce n’est pas faux. Enfin : Il serait bien d’avoir un endroit central, facile d’accès, aussi bien en termes de tarifs que de transports, qui symbolise l’identité rouennaise. » Oui. Et ce lieu rêvé illustre le renoncement décrit plus haut. L’alibi de nos élus et de leurs électeurs (me too dans le lot). Ce lieu, c’est celui que deux municipalités précédentes ont laissé filé : le défunt Palais des Congrès qu’on leur proposa pour trois francs six euros. Qu’elles laissèrent filer, la peur de la jeunesse au ventre, par lâcheté, mais avec une bonne conscience administrative et financière.

Sur la photo, Camille a un air sympathique mais triste. L’amusant, c’est qu’elle est prise en photo dans une rue passante et qu’en arrière-plan, on voit mon pressing où je porte mon linge. De la dame du pressing aussi il faudrait que je parle.

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