XCVII.

Lors de la mobilisation de Noël, devant les vitrines et sous les illuminations, je me suis souvenu de mes Noëls d’antan. Mes vrais, ceux d’avant la guerre (la dernière ?) où enfant je croyais à tout ça. Au Père Noël, à l’Enfant Jésus et à l’enfance éternelle. Détail du présent, je note, au milieu des festivités, l’absence quasi-générale de boucheries et de charcuteries décorées comme pour des processions. Ce n’était qu’autels de guirlandes et de rubans, avec boudins, chapons, faisans, oies… foules pressées et réveillons prometteurs.

Je me souviens en particulier, rue du Gros-Horloge, de la boucherie Ricouard (c’est aujourd’hui le McDonald) festonnée de cerfs et de sangliers. Massacre sur massacre pour la naissance du Sauveur, en fallait-il de la foi ! Un soir, ma mère venue commander un quelconque morceau de choix, passa trop près d’une des victimes ; son manteau reçut l’hommage sanglant d’un mufle encore frais de l’hallali. Le manteau étant « perdu », elle en parlait toujours vingt ans après.

Aujourd’hui plus de cerfs, plus de sangliers. Nous sommes contre les chasseurs. Et le sang effraye les enfants. C’est sans doute pour ça qu’on se mobilise pour les faire manger bio dans les cantines des écoles municipales. Louable résolution. Certes cela a un côté un brin « bobo » mais il faut bien que cette nouvelle élite (car c’en est une) imprime sa marque. Et qu’accessoirement elle brise les volontés farouches (c’est le rôle des parents).

Les plus âgés d’entre nous se souviendront de leurs propres parents lesquels étaient bourgeois ou bohèmes, pas les deux (encore que…). En tous cas, pas bio. Encore que ! Des amis de mes parents, les R***, se piquaient de végétarisme et de naturisme. A la veille de la Seconde guerre mondiale ça n’était pas si courant. Du moins en France. Ça l’était davantage en Allemagne, occasion en or pour mon père de ricaner. Il voyait dans cette « fantaisie » un soutien implicite à l’idéologie galopante de l’ennemi. Il a changé d’avis par la suite, les R*** ayant été arrêtés pour faits de Résistance. Je me demande même si lui n’a pas été fusillé. De sa mauvaise foi coutumière, mon père aurait conclu : « Voilà où ça les a menés ! »

En admettant que tous les Nazis aient été végétariens (ce qui est douteux) leur supériorité n’aura pas duré ; en admettant que les vainqueurs de 45 aient été tous carnassiers (tout autant douteux) leur bon droit reste incontestable. Faut-il conclure qu’au final, les plus forts boivent du sang ? La chose aurait paru indubitable à mon père. Je ne tiens pas de lui.

Mais j’apprends que cette percée bio dans les cantines se limitera, dans un premier temps, au pain. Il n’empêche j’attends la réaction de Ludo (prénom d’emprunt) qui, six ans sonnés, exigera un steak saignant au prétexte de lutter contre l’extrémisme (il ajoutera : tous les extrémismes). Et pour argument, refusant le morceau de baguette offert, dira avec une grandeur certaine : « Non, madame, je ne mange pas de ce pain là ».

1 Réponse à “XCVII.”


  • Vous écrivez « …Et le sang effraye les enfants. C’est sans doute pour ça qu’on se mobilise pour les faire manger bio dans les cantines des écoles municipales. »

    Votre supposition n’est pas exacte : manger bio ne signifie pas nécessairement être végétarien. Preuve en est que la viande peut-être bio, que cette filière existe, produit et vend…

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