XCV.

La lecture de la presse institutionnelle est distrayante. Mais parfois – souvent – fastidieuse. Ou révoltante. C’est le cas pour le feuilletage (lecture serait abusif) du dernier numéro (n° 300) de Rouen Magazine, journal de la paroisse. Passons sur l’indigence du contenu, le verbiage faussement ingénu ou humoristique, le degré zéro de l’information. Tout est là – excellemment fait – pour occuper l’espace et formater l’image de la ville. On ne le sait que trop : ceci et cela pourraient illustrer le dynamisme de Nevers, Tarbes, Cambrai, Besançon…. Il n’y a que de minces retouches à faire.

Cela n’a aucune importance. Sauf que parfois, s’y glisse une bourde qui en dit trop. Ainsi, page 22, l’anodine rubrique jeu « C’est où ? ». Il s’agit à partir d’un détail photographique d’identifier monument, façade, enseigne. Pour les amoureux de la ville, c’est plaisant, encore que souvent enfantin à résoudre. Donc aujourd’hui, réponse à l’énigme précédente où il fallait reconnaître une des verrières de la synagogue sise 55 rue des Bons-Enfants.

Pour l’histoire, rappelons que l’emplacement était autrefois celui de l’église Sainte Marie la Petite, devenue synagogue vers 1864, détruite lors des bombardements de 44, et reconstruite autour de 1950 sur les plans d’un certain Edmond Lévy (guère trace d’une carrière). Dans un style le plus fonctionnel qui soit, le bâtiment a un charme mystérieux, secret, qui intrigue ; il est à la fois modeste et imposant, évident et incongru, mais passons. Les verrières sont d’autant reconnaissables qu’elles ont, chacune dans un lourd cadre carré, une armature en forme d’étoile de David. Bref, pour qui connaît son Rouen, l’identification tombe d’elle-même.

Il faut croire qu’à Rouen-Magazine on est moins solennel, moins pédant, moins – comment dire – coincé ? Car, énigme résolue, à côté de la photo de ladite verrière, on a inscrit : mosquée de Rouen.

D’aucuns diront que, certes, l’erreur est patente, mais qu’il s’agit là d’un point de détail dans l’histoire du patrimoine local. Et puis, par les temps qui courent, mosquée ou synagogue, c’est du pareil au même, à tout prendre, des trucs où on balance des cocktails-Molotov, où on peinturlure des slogans à la va-vite… Pas à Rouen bien sûr, ailleurs.

La chose est d’autant plus plaisante (façon de dire) qu’en page 5, l’éditorial de la députée-maire (laquelle est aussi directrice de la publication) se conclut par : « La culture facilite l’ouverture de l’un vers l’autre et l’acceptation des différences. » C’est vous dire si à Rouen-Mag on est cultivé, ouvert, différent…

Pour preuve, l’inépuisable énergie mise à trouver des titres en forme de jeu de mots. Vous savez le côté : coqs en stock, la vie est tailleur, quand les bonnes œuvrent, le jour du senior… La rédaction y excelle au point que ce numéro contient un florilège de treize ans de pareilles niaiseries. Bref, ils sont contents d’eux. Dans le genre lourd (mais en plus actuel) ça rappelle les meilleures feuilles de Marius ou du Hérisson

C’est quoi ça ? Jeunes gens, c’est seulement pour les vieux Rouennais. Pour le reste, continuez. Vous possédez toutes les vertus qui comptent aujourd’hui.

1 Réponse à “XCV.”


  • C’est triste l’aigreur surtout quand on a la prétention d’être « cultivé ».

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