XCIV.

D’incomparables tartes aux fraises des bois se trouvaient au 39 de la rue Jean-Lecanuet (alors rue Thiers), quasiment en face du square Verdrel, dans un salon de thé d’un genre d’avant-guerre, nommé  A l’Impératrice. Pour le pithiviers (gâteau abandonné) c’était dans la petite boutique verte de Fernand Baur, au 138-140 de la rue St-Hilaire. Une préparation de cérémonie (mariage ou communion) se commandait chez Lafosse, rue Cauchoise, à défaut chez Bocquet, rue Louis-Ricard.

De longtemps, les meilleurs mokas (chocolat ou café) venaient de chez Caveng, 23 rue Beauvoisine. Ceux de Meier, 119 rue Jeanne d’Arc, pouvaient rivaliser mais avec une nuance de galvaudage. Les choses compliquées (hélvetia, souvaroff) s’admiraient dans la vitrine de Pailloux, rue des Carmes (sous « les arcades »), devenu par la suite Rolland (régent aux marrons) mais dont les prix affichaient des nombres déraisonnables. Il y eut aussi le grand salon de thé Périer, rue du Gros-Horloge, enseigne mythique mais dont la pâtisserie réputée « fine » mignardisait trop ; en revanche, uniques petits pains au lait accompagnant un chocolat chaud servis par de petits tabliers blancs.

D’Heran, rue St-Lo, institution, ne vivait que sur ses succès d’antan, survivance de temps perdus (napolitain, jalousie, conversation, salambo…). Désormais la concurrence retenait les connaisseurs (les derniers) chez Delamare, rue de Crosne (baba au rhum, allumette, millefeuille). Ou chez Perroche (sabayon, reine de Saba, pudding), ce dernier au milieu de la rue Beauvoisine. Comme aujourd’hui chez Mesrouze, 38 rue Armand Carrel (tatin sans conteste, mais surtout charlotte aux fraises, vacherin et bûche de Noël).

Plus rustique, plus au goût du jour, plus dans la norme mais avec l’excellence : Osmont, rue Jacques Le Lieur, ou encore Christophe Rouas, rue Armand Carrel (lindzer, crumble, dartois…). Idem pour Maugard, rue Ganterie, et Bolzer, place Beauvoisine, ce dernier avec une nette avance. Dernière adresse, sans nom connu, au 144 de la rue Martainville, une vitrine de pâtisserie comme on en voit plus, vrai régal des yeux, assumé dès la porte franchie. S’il fallait aujourd’hui une seule adresse, c’est là. Les autres, qui subsistent au hasard des promenades ou des envies, se cachent au bas d’enseignes sans caractère, sans originalité, sans attrait, sinon celui d’un conformisme tout venant.

Naguère, rue des Bons-Enfants, passé la rue des Champs-Maillets, dans une boutique qui ressemblait plus à celle d’un charbonnier qu’à autre chose, on trouvait un far breton de légende. Tout comme Au Mirliton, 88 rue de la République, un diplomate de « l’ancien temps », celui où on aimait vraiment les gâteaux. Temps, exemple parmi d’autres, de chez Mariette, rue Massacre (clafouti aux cerises et flan au lait) servis là par une dame aussi aimable que celle du Mirliton était revêche. C’était le temps (aujourd’hui fini) des simples boulangeries de quartiers, où la pâtisserie avait ce goût simple et vrai, sans apprêt ou fioriture. Dans cet esprit : Dauphin rue Percière, Saunier rue Orbe, Revet place du Vieux-Marché… on en oublie. Boutiques et temps d’avant l’industrialisation, d’avant le nivellement des goûts et des saveurs, d’avant le cholestérol et le diabète. Temps où, peut-être (surement), Saint Honoré veillait sur nous.

1 Réponse à “XCIV.”


  • Caillet Francine

    Merci Félix ! je salive …. Quel régal ! Je suis rouennaise depuis toujours pour être née place des Carmes en 1946.
    Mon mari et moi lisons vos chroniques avec beaucoup d’intérêt.
    Mon mari est le Président de l’Association P’tit Pat’ Rouennais, écrit la rubrique « Chemin Faisant » dans le Paris Normandie du mercredi.

    http://www.ptit-pat-rouennais.fr

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