LXXX.

Ainsi donc je me suis trompé. Et lourdement. Ségolène Royal a gagné. Martine Aubry a perdu. J’avais tort sur toute la ligne. Oui, je sais qu’il n’en est rien, qu’on fait passer la gagnante pour l’autre, et vice-versa. Mais la réalité est là. Martine Aubry a perdu dans l’opinion publique, perdu avec le Parti Socialiste, perdu avec les militants, perdu avec les électeurs. Ségolène Royal a gagné à la télévision, à la radio, dans la presse ; elle a gagné dans la société du regard et de l’affectif. Croire autre chose revient à se tromper lourdement. La politique d’aujourd’hui est ainsi faite qu’il faut gagner dans l’immatériel, l’impalpable, le ressenti, au final dans le symbolique. Le reste n’est que de l’écume.

Les comédiens dont je parlais l’autre jour vont continuer leur antique répertoire. Les vieux abonnés suivront, mais le vrai spectacle sera ailleurs. Au final, tant mieux.

Mais aussi les hommes ne sont pas tout ; il y a les idées… dont je me garderai bien d’entretenir mes lecteurs. Donc les hommes, les idées… et les lieux. Les lieux, oui, surtout les lieux. Qui, à Rouen, passe devant le local fabiusien de la rue de la République ne peut être que navré ; cette boutique perpétuellement fermée, ce rideau de fer, ce courrier sous la porte, ces meubles, ces affiches… cela sent le fonds de commerce en déshérence, la faillite proche. On n’attend plus que le bien connu panneau « à vendre » ou « à louer ». Ça aussi c’est du symbolique.

Je me souviens que dans les années Soixante, il existait, en haut de la rue Beauvoisine, le siège local du PSU. Pas loin du square Ste-Marie (pas de jardin André-Maurois alors) au voisinage, presque en face, d’un cabaret (ou prétendu tel) nommé La Cahotte, ce dernier lieu temple, s’il en fut, du jazz local. Tout ça ne nous rajeunit pas.

Pas question ici de raconter la chronique détaillée du parti rocardien qui, à Rouen, ne fut jamais grand-chose (à supposer qu’ailleurs…) mais comme j’y pris ma carte, j’aurai tort de, comme on dit, de « cracher dans la soupe ». A quelques exceptions près, beaucoup de mes camarades sont partis au PS, d’autres à l’extrême gauche, certains chez Chevènement. Lisant avec attention la page nécrologie de Paris-Normandie, je vous certifie que le PSU à Rouen, c’est de la mémoire morte.

L’autre jour, j’ai remonté la rue et baguenaudé d’un trottoir l’autre. Aux alentours du local (n° 185, aujourd’hui une maison particulière à la vilaine façade peinte en marron) tout a disparu. Il y avait, outre La Cahotte, un café nomme Le Rallye Beauvoisine, différents commerces tels pâtissier, poissonnier… d’autres dont je me souviens moins bien, une librairie, une minuscule épicerie… et aussi la galerie de Mindszenti. Tout ça en quelques mètres de périmètre. Presque un village. Cela paraît aujourd’hui désert, du moins en survie. Et les derniers aménagements en voie semi-piétonne ne font rien pour arranger les choses. Bref, ici comme ailleurs, les panneaux « à vendre » ou « à louer » indiquent l’avenir.

Insensiblement, mais pas tant que ça, me revoici revenu au point de départ.

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