LXXVI.

Disparition, au 55 de la rue Jeanne d’Arc, de l’ancienne brasserie La Chope d’or, remplacée par le Fifty Five. Manie qu’ont les jeunes générations de transformer les enseignes jugées ringardes par des intitulés appelés à durer le temps d’un hip-hop ; ainsi de La Consolation devenue le N’Zo Café, d’un autre devenu Le Live Café, du Napoléon mué en Tub Café, et d’autres à recenser. Évidemment La Bonne Nostre, La Chope d’or ou A la Ville de Fécamp, de nos jours, ça ne dit rien. C’est heureux du reste, ça laisse libre cours à la nostalgie des autres.

A La Chope d’or je n’ai guère de souvenirs ; en trente ans, j’y ai peut-être déjeuné ou dîné une ou deux fois, pris un verre en passant, pas plus. Ce qui m’arrête c’est, que les lieux abritèrent de longtemps une librairie religieuse à l’enseigne de la Librairie catholique de Normandie. Lesdites jeunes générations ne savent plus ce que c’est. Comme elles ne savent plus ce qu’est un marchand de couleurs, un avoué, une retoucheuse… Dans une librairie religieuse, on trouvait livres de messe (dit missels, j’explique), images pieuses, objets de piété tels chapelets ou crucifix. Dans les objets de piété, le gros des ventes venait des sujets garnissant les crèches de Noël, rois mages, bergers, moutons, puis, quand en vint la mode, des santons de Provence dont la veine inépuisable garantissait un roulement assuré.

Tout cela a disparu. Ou est en passe de disparaître. L’une des dernières de ces librairies, la Librairie Saint-Ouen, rue des Bonnetiers, vient de fermer. A sa vitrine, de temps à autres, ayant affaire dans le quartier, je contemplais les photos (dites « officielles ») de Thérèse de Lisieux, les grands formats couleurs de Jean-Paul II, de Benoît XVI, des médailles tous métaux, des breloques à l’effigie de saints divers, d’images ornementées et porteuses de maximes évangéliques, de rares ouvrages de théologie (ces derniers de plus en plus niais, reconnaissons-le).

Fin donc de la Librairie Saint-Ouen. C’est devenu une boutique de vêtements pour enfants. Anges et Jésus remplacés par petites souris et petits lapins, on a les dévotions qu’on mérite. Je me souviens d’autres de ces librairies : A la Croix de Malte, rue Beauvoisine ; Librairie Stella, rue des Carmes ; une autre à l’angle des rues République et Père-Adam. Venue de cette dernière, une des sœurs de ma mère, Tante Gabrielle, m’offrit une céramique à l’effigie de St-Félix, martyr romain. Je devais avoir six ou sept ans. J’ai dédaigné l’objet pour un château fort en carton, autrement attrayant. Que sont devenus l’un et l’autre ?

Ici, désormais, comme librairie religieuse, reste La Procure, rue Grand-Pont. Franchement, rien de comparable, surtout en matière d’objets de piété. Utilise-t-on toujours des chapelets dans la sphère catholique ? Ne fréquentant guère les églises, sinon pour les inhumations, je ne sais. Et l’usage des médailles ? Idem. Je n’ai aucune vergogne à déplorer le remplacement des librairies religieuses par des bars, moi qui ai tant fréquenté les derniers et si peu les premières. Certes, sur le tard, il faudrait que je rééquilibre, mais celles-ci mettant la clé sous la porte, me revoici convoqué au tribunal de la ma déveine.

2 Réponses à “LXXVI.”


  • A mon avis, Félix, nonobstant votre abstention réitérée et revendiquée en matière de fréquentation des lieux saints estampillés, vous avez toutes vos chances concernant l’accession directe au Paradis (dans longtemps, j’espère) : qui a dit et surtout peut prouver que Dieu le Père n’ait pas bon goût en matière de littérature (et du coup de « pâte humaine », car les deux sont évidemment liés ??? Mais je ne suis pas Saint-Pierre, autant l’avouer clairement sur ce blog, pseudo ou pas.

  • cher félix, un petit oeil sur le blog da rouen?
    http://leblogdarouen.unblog.fr/

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