LXXV.

De 1959 à 68, j’ai dirigé, en compagnie de Xavier Tonchard, une agence d’architecture au bas de la rue de la République, dans cet imposant immeuble carré, d’une dizaine d’étages, bordé par la rue de Québec et celle des Augustins. Petite agence mais gros travail à une époque où l’agglomération se reconstruisait et qu’il y avait urgence à bâtir. En dehors de lourds programmes, il ne manquait pas de petits projets à mener à bien, sans contraintes, dans l’économie de l’époque, à savoir celle d’un État tout puissant et plutôt généreux. Une chance pour le mince talent que nous avions.

Cet immeuble est l’une des belles réussites de la Reconstruction. Pour l’aménagement intérieur d’abord, et pour son ancrage sur un terrain en forte déclivité. L’architecte s’en est sorti en instituant trois niveaux sur l’angle arrière gauche, niveaux qu’on ne retrouve pas à l’angle médian opposé. Ces trois niveaux, ouverts sur les Augustins, accueilleraient des magasins ou des bureaux. Par ailleurs, le rez-de-chaussée (plateau donnant sur la rue de la République et le quai de Paris) était prévu, à l’origine, pour être une galerie marchande. Ailleurs, les bureaux du premier étage étaient desservis par une vaste galerie intérieure faisant le tour du bâtiment. A noter, sur les parties République et quai de Paris, un auvent avançant jusqu’à mi-trottoir. Tel, l’immeuble, particulier et remarquable, est absent des nomenclatures. Dommage.

Curiosité : on peut encore voir, apposé sur la façade donnant sur la rue des Augustins, un blason frappé d’une corne d’abondance, avec en devise : « Coré ». Jamais su pourquoi. Le sous-sol était occupé par un parking accessible par la rue de Québec ; j’y ai toujours connu, perpétuellement stationnée, une superbe Studbaker turquoise, dont personne ne savait à qui elle appartenait, présence mystérieuse, presque dérangeante.

Nous avons emménagé là au début 59, dans un lieu quasiment neuf ; d’abord dans deux pièces, puis bientôt, les affaires aidant, dans quatre. Au premier étage, sur la façade République. Sur le même palier, à quelques mètres, s’ouvrit presque en même temps que nous, une agence de détective qui fit long feu, puis un bureau de presse, des cabinets d’assurance aussi. Dans mon souvenir (c’est loin) l’immeuble, les murs, les meubles, la lumière… tout était vert ; j’ai le souvenir, finalement, d’avoir vécu dix ans dans un aquarium.

Tonchard, que je revois parfois, était un gros travailleur ; moi beaucoup moins. J’étais meilleur dans les relations publiques, pour décrocher des commandes. Ça m’a bien passé. En dix ans, nous avons construit l’atelier Casio-France dans le quartier ouest, celui de La Solidarité à Quevilly, le bureau de postes de Baudribosc, une dizaine de bureaux sur des sites industriels, le pavillon Langlois au CHU, l’extension de la clinique Saint-Benoît, plusieurs écoles publiques en banlieue, l’agence bancaire de la Bank of America à Rouen (aujourd’hui disparue)… à notre rythme, avec deux ou trois commis, quelques stagiaires. Par la suite, l’agence a été reprise par celle de Gérard Plessy, architecte d’intérieur. C’est là que débuta Daniel Authouard, peintre qui fait la carrière que l’on sait.

1 Réponse à “LXXV.”


  • Michel Perdrial

    Il me semble bien que cet immeuble ne comporte pas plus de six étages. Pendant que je suis à faire le pinailleur, je signale à Jérôme (neveu) qu’il y a diverses fautes dans des billets précédents (mots oubliés, orthographe, etc).

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