LXXIII.

Ludovic Harang, dont a enterré la fille l’année passée, était collectionneur de peintures et bon connaisseur de ce qu’on nomme l’École de Rouen. Il est mort au début des années Trente, laissant une collection de toiles que son unique héritière a vendu peu à peu, au coup par coup, à des particuliers ou lors de ventes aux enchères.

Le petit-fils, H***, revu à l’occasion de l’inhumation, m’a raconté ceci. A la mort de Ludovic Harang, le notaire fit état d’une clause du testament qui, avant toute dévolution aux héritiers légaux, en l’occurrence sa fille, prévoyait de faire don de tout ou partie de sa collection au Musée de peinture de Rouen. Cependant, en 1931 ou 32, une vente aux enchères dispersait une partie de la collection, soit une quinzaine de toiles, vendues pour à peine 100.000 francs de l’époque. Le bruit courut que ces toiles avaient été proposées au Musée qui les aurait refusées.

Qu’en était-il ? D’après H***, l’histoire est la suivante : en 1930 ou 31, la fille de Charles Harang, obéissant aux clauses du testament, contacte le Musée et reçoit une réponse positive pour l’acceptation du don. Peu après, le Musée délègue un employé (on dirait aujourd’hui « conservateur ») pour établir un inventaire. Celui-ci achevé, Colette Harang vide la maison paternelle, déménage la collection du côté de Saint-Gervais, et avertit le Musée du nouveau lieu de dépôt. Peu après, elle reçoit un courrier de la municipalité signifiant que son don est accepté. Dès lors, Colette attend qu’on vienne prendre possession des toiles.

Elle attendra plus d’un an ; relancé par le notaire, le Musée renvoie sur la Mairie, laquelle semblait non concernée. Or, le notaire attendait une déclaration officielle pour clore la succession. Presque deux ans après la mort du donateur, la Mairie donna signe de vie et assura le notaire qu’elle acceptait ; elle demanda aux détenteurs des toiles de les mettre à disposition. Colette argua qu’elle attendait un transporteur… puis, d’après H***, elle ne fut plus jamais contactée.

Pour finir, le notaire qui devait, au bout de deux ans, légalement liquider la succession, déclara le don « non accepté » et Colette fut réputée seule et unique héritière.

Reste à expliquer l’inexplicable. A l’époque, on a invoqué la négligence des services de la mairie, d’un « transporteur » qui n’aurait pas fait « son travail ». Une recherche minutieuse dans archives du Musée ou de la Mairie permettrait d’en savoir plus, mais ces dernières sont généralement déclarées inaccessibles, non-classées, disparues… toutes raisons invoquées auprès des chercheurs trop aventuriers.

Dernière chose, on a beaucoup glosé sur les prétendus chefs-d’œuvre de la collection Harang. Mythe pour mythe, on avancé, un peu à la légère, les noms de Derain, Gleizes, Braque, Vlaminck, Juan Gris, Modigliani, Dumont, Dufy, Tirvert, Metzinger, Marquet, La Fresnaye, Kupka, Duchamp-Villon… Possible mais pas certain. Afin de discréditer le Musée (Fernand Guey en était-il déjà directeur ?) ou la Mairie, on a « charger la barque » et fait une « inestimable » collection de ce qui n’était, au final, qu’un rassemblement hétéroclite. Possible encore, mais toujours pas certain. Histoire rouennaise parmi d’autres.

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