LXVII.

Énième épisode autour du Palais des Congrès dont la justice semble avoir scellé le sort. L’ancienne opposition municipale, revenue à la tête de la Mairie, se résigne et jette par dessus bord sa pseudo consultation « participative ».

Sur l’ex Palais, j’ai déjà dit ce que j’en pensais (ici VIII & XXXVII) et le fait d’avoir, au final, raison, ne m’amuse pas plus que ça. Aujourd’hui (Paris-Normandie du mercredi 1er octobre) Valérie Fourneyron, maire, pose à la hauteur de vue et « veut mettre le promoteur face à ses responsabilités ». Déploration, on s’achemine vers l’antienne bien connue chez les socialistes : l’implacable cynisme des puissances de l’argent contre le bon sens et la volonté populaire. Dans la foulée, le ou la maire assure « avoir entendu le souhait des Rouennais », ceux des 7000 pétitionnaires (benêts parmi les benêts) qui voulaient « plus d’air, plus d’espace, plus de verdure » ; et d’enchaîner : « L’aménagement de la cour d’Albane sera d’ailleurs notre priorité. »

Voilà bien la politique de l’à-peu-près et la gestion du jour le jour ! Ainsi la résidence Viguier sera construite, mais en plus, ses riches propriétaires (car enfin…) auront au bas de chez eux, quasi au pied de l’ascenseur, un des plus jolis squares de la ville (quoiqu’à l’ombre, notez bien, mais diable, on ne saurait tout conquérir !)

Jérôme, mon neveu, à qui je passe mes feuillets dit ne pas comprendre que j’attache autant d’importance à l’actuel bâtiment. C’est que ce Palais (qui n’en fut jamais un) est constitutif de ma vie. Comme toute la ville, du reste. Pourquoi, comment ? C’est ce que je cherche dans ces récits. Il est trop jeune pour comprendre ; à son âge, en 1953, avais-je la même capacité de m’émouvoir ? Pas pour ça, bien sûr ; pour d’autres choses dont j’imaginais qu’elles étaient étrangères à la ville : l’histoire de l’art, la politique, l’architecture… et l’amour des autres. Rouen ne m’intéressait pas. C’est venu peu à peu, me rendant compte que tout venait de Rouen, parlait de Rouen et que je n’en étais que l’instrument. A cet égard quitter la ville, c’est vaincre, mais aussi abdiquer. Pas d’autre choix.

L’autre jour, passant rue Martainville, je regardais cette chambre que j’occupais à l’époque, dans la maison dite des « Trois Rois », au dernier étage, l’unique fenêtre donnant sur les toits de Saint Maclou. J’étais une sorte de Quasimodo (à défaut d’être Claude Frollo) scrutant et dessinant les gargouilles dans leurs solitudes, aux crépuscules de novembre, dans les aubes de juin, passant mes dimanches, aussi seul qu’elles étaient immobiles, à lire, à lire, à lire. A lire pour ne pas m’ennuyer, découvrant que c’est ainsi qu’on est moins malheureux. Rasséréné, sauvé enfin, certes incompris mais assuré d’avoir trouvé la clé pour le reste d’une vie.

C’est à ces gargouilles que je dois d’être ce que je suis. Ce sont elles, parties attenantes de l’incohérence de l’ensemble, figures déversant les pluies qui ruisselaient de pan en pan, sourires énigmatiques veillant en contrebas sur les parapluies des passants, envols monstrueux qui traversaient la rue, entrant presque ou tout à fait chez moi, et y déposant ce clair message voulu par d’obscurs maçons de XVe siècle.

2 Réponses à “LXVII.”


  • Vous avez peut-être connu et/ou connaissez la solitude, cette épreuve du feu. Mais en tout cas vous avez… des lecteurs admiratifs.

  • Plus que le feu, la solitude est à mon sens une épreuve d’eau et curieusement de sécheresse. Un axe eau / air sur lequel se retrouve toute la palette des différents façons qu’à l’homme de vivre les groupes, de la multitude coulante et débordante à la sécheresse qui vous prive même de larmes et d’eau de partage, comme sur Dune. Mais à chacun son ressenti, n’est-ce pas.

    La consultation participative qui a eu lieu dans cette ville ne relève pas de cette dialectique aquatique, mais de celle d’un mensonge qui en cache un autre, qui en…
    A croire que les décisions dans cette ville se gargouilleront sans cesse de travers, à coup de vas-y-comme-ça-vient-c-est-bon-ça-passe.

    LM

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