LXIV.

Dans le Metro, je croise François Tonchard, rentrant chez lui. Sortait de la Maison Saint Sever où il suit des cours de russe. Occupe ainsi sa retraite. Bavardons, le temps d’atteindre le Théâtre des Arts où il descend. Habite toujours au coin de rue des Basnages avec vue sur les ruines de Saint Pierre du Châtel. Depuis 1953 dans l’immeuble, de loin c’est désormais le plus ancien des copropriétaires. A propos des ruines, nous nous lamentons de l’abandon de cette parcelle d’histoire. Le semblant de jardin qu’on a voulu y instaurer n’est rien, pas même un espace de verdure : qui irait se reposer ou lire, même l’été, dans ce trou sombre et glacial ? Il exista, un temps, un projet de réhabilitation des lieux sous la forme d’une salle d’exposition ou de musée ; nous nous en souvenons d’autant mieux que la conceptrice du projet, Fabienne C***, travailla un temps à l’agence. C’était du reste son diplôme des Beaux-arts, fortement remarqué à l’époque.

Avec Tonchard, nous demandons ce que tout cela est devenu. D’après lui, cette réhabilitation n’avait rien d’insurmontable pour les finances publiques. C’était surtout la destination qui posait problème. Un musée, un de plus ? Dans cette enclave à peine accessible, à l’écart des itinéraires touristiques, le pari était risqué (l’est toujours) pour une quelconque rentabilité, sinon à redorer le blason de la capitale du gothique. Ce dont personne ne se soucie.

Je vois mal l’état des ruines ; Tonchard, qui les connaît de sa fenêtre, me dit qu’il s’agit surtout des murs porteurs, surtout la nef de l’ancienne église, et que le reste ne serait qu’affaire d’habillage.

Nous nous quittons sur cette constatation partagée : Rouen trop pauvre, l’avenir est à l’Agglo ou au Département qui, c’est acquis, ne voudront jamais investir (sinon pour un bénéfice politique immédiat) dans la mise en valeur du patrimoine de leur capitale. Autre malédiction de notre ville.

Un temps, j’ai eu la tentation de descendre avec lui et de faire quelques pas. Avec François, on ne se voit désormais que rarement. A chaque rencontre pourtant, il suffit de peu de paroles pour retrouver notre complicité d’autrefois. Le même fil des idées nous poursuit. Vrai que nos centres d’intérêt sont les mêmes et que durant nos années de collaboration à l’agence, nous avons été en parfait accord intellectuel ou artistique.

Pourquoi ne voit-on plus ? C’est indéfinissable. Parfait accord ? Ce n’est pas certain ; un détail : il était autrefois (aujourd’hui ?) passionné de science-fiction, de fantastique, d’ésotérisme, abonné qu’il était à Planète de Louis Pauwels et de Jacques Bergier. Il m’a introduit à la lecture de Lovecraft dont il posait en spécialiste. Pour d’autres auteurs aussi, ceux de Présence du futur chez Denoël. Mais tout cela m’est vite passé. Tonsard était un acharné ; m’engageait toujours : « Tu devrais lire ça… Et ça… Aussi ça… (Asimov, Brunner, Resnick, Silverberg, Van Vogt… ) Moi : « Y a des soucoupes volantes ? » « Non, pas trop » « Alors, ça va, je lis ».

1 Réponse à “LXIV.”


  • Je n’ai gardé qu’un livre des nombreux achats fiévreux fait le samedi chez Lumières d’Août dans les temps qui ont suivi son ouverture dans cette rue tranquille de l’Ecole, raccourci tranquille de Ganterie vers la rue Beffroy et Beauvoisine.

    Ce livre c’est « Chronique Martienne » de Ray Bradbury
    Une chronique la encore.

    Le seul que j’emmènerais, vous savez quand on déconne à propos d’une île déserte.

    Le Major

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