LXIII.

Dans le Fanal de Rouen de ce 17 septembre, article sur l’ex-future Médiathèque, compte-rendu d’une réunion organisée par l’opposition municipale. C’était, dans le cadre d’un café citoyen (ne le sont-ils pas tous ?) animé (façon de parler) par Catherine Morin-Desailly. Le quotidien décrit une « petite trentaine » de présents (disons une vingtaine), chiffre qui indique au final que le sujet n’a jamais passionné que le quart du tiers des lecteurs. A moins que de l’opposition et de la sénatrice… mais non.

L’article, passe-partout, indique cependant le fond du problème : « Que vont devenir les personnes recrutées dans l’optique de l’ouverture de la médiathèque ainsi que les nombreux documents achetés dans cette même perspective ces dernières années (pour 900.000 euros) ? » Là est désormais la question. Et quid du devenir de la bibliothèque Études (dite Jacques-Villon) et de ses rares lecteurs-emprunteurs. Vrai qu’on ne doit plus être guère nombreux ; prévoyons que la patience érigée en forteresse par la municipalité actuelle finira par résoudre la question. Et ce définitivement. Mais assez sur le sujet.

Il existait autrefois, au coin de la rue St-Romain et de la rue Croix de Fer, un magasin à l’enseigne de Rouen qui chante. S’y vendait des instruments de musique (guitare, violons, trompettes…), nombre de partitions et divers ouvrages liés au sujet. A l’origine, si ces articles assuraient le gros du commerce, rapidement on y adjoignit d’autres, non moins ludiques mais d’une veine plus attrayante : farces et attrapes, anthologies d’histoires drôles sinon graveleuses. Années après années, la musique se borna aux seuls harmonicas et anches d’instruments à bec, le lot de partitions se soldant petit à petit.

Passer des manuels d’Albert Lavignac aux livrets de Monte là-d’ssus ; de Chopin à Albert Reisner… voilà qui navrait, c’est à jurer, l’homme des lieux, sec individu en éternelle blouse grise et cravate noire, qui plus est porteur d’un pilon à la manière du Long John Silver de L’Ile au trésor. Invalide de guerre ? Possible. Homme guère aimable au demeurant, plutôt brusque, sans manières, rechignant à la conversation, et dont les connaissances musicales se bornaient vite. Ce commerce a dû fermer il y a une bonne quarantaine d’années. 

A fil des idées et du clavier, cet invalide m’a fait penser à Histoire de l’Invalide à la tête de bois, conte d’Eugène Mouton (1823-1902) dont un exemplaire à couverture verte traînait dans la bibliothèque de mon père. Ce fut une de mes lectures répétées d’enfance tant son caractère singulier m’intriguait plus qu’il ne m’enchantait. Sans doute étais-je trop raisonnable et pas assez imaginatif. 

Lit-on encore Eugène Mouton ? Peu probable. Les Deux vieilles dames sourdes, Le Naufrage de l’aquarelliste… firent les délices de parents et grands-parents sans esprit de sérieux ; comme ce dernier domine aujourd’hui, difficile de croire que les fameux 900.000 euros aient servi à acheter ces titres, voire d’autres. Qu’importe finalement, car de toutes façons, ces titres, on ne saura où mettre (à ce propos, c’est dimanche Quai aux livres, je dis ça comme ça…)

Vieux papiers, vieilles boutiques. Rouen qui chante, Rouen qui rit, Rouen qui pleure, les jours s’enfuient, je demeure. Air connu.

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